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" Aujourd'hui, mon humour ne passerait plus à la télé "

11h20 - 08 avril 2024 - par Propos recueillis par Anne-Marie MUIA
« Je suis un humoriste protéiforme » (© Patrick Casté)

Le 10 avril, Laurent Baffie sera sur la scène du Grand Théâtre à Limoges pour " se poser des questions ". Il a accepté de répondre aux nôtres avec une grande franchise.

Quelles sont donc ces questions que vous vous posez ?

Ce sont des questions que personne ne se pose comme " Pourquoi quand je rêve que je baise, je me réveille trop tôt et quand je pisse, je me réveille trop tard ? " ou plus ambitieux " Un éphémère peut-il procrastiner ? " voire " Y a-t-il des ours bipolaires ? ".

Ce spectacle contient une grosse part d'improvisation. L'impro, ça se travaille ?

L'humour et la répartie se travaillent comme un instrument, à l'instar d'un musicien qui va faire ses gammes au quotidien. Moi, je déconne tout le temps dans la vie de tous les jours. Comme de nombreux comiques, je teste des vannes notamment auprès de mon entourage, je n'arrête jamais. Le début de la répartie est déjà d'oser répondre des choses qui sortent un peu des clous. Après, il faut savoir trier ce qui marche ou pas.

La première partie du spectacle est très interactive avec le public. C'est une prise de risque…

Je fais avec ce que j'appelle " le marché du jour ", c'est-à-dire avec la salle et je n'ai jamais les mêmes ingrédients. Chaque soir, la recette est différente. Je suis le premier surpris de ce que je déclenche, avec des spectateurs qui se livrent, avec des " couvercles " que j'ouvre, et je suis étonné par tout ce qui sort de la boîte. Parfois, le temps s'arrête… et parfois on se prend des moments de vérité dans la gueule ! J'aime les gens et ceux qui viennent me voir m'aiment bien. Donc finalement, on est entre nous.

Avez-vous conscience que certaines de vos blagues ne passeraient plus aujourd'hui ?

Tout à fait. D'ailleurs, je me réfugie au théâtre qui est le dernier espace de liberté. Et je prépare des programmes sur internet car on ne peut plus faire grand-chose à la télé. C'est un poncif mais on ne peut plus rien dire… Oui, je suis un humoriste borderline, franchement grossier.

Est-ce que sur scène, vous vous imposez des limites ?

Toute ma vie, je me suis posé des limites. Sur scène, je ne m'autocensure pas. Mes spectateurs savent que c'est bon enfant et qu'il n'y a pas de malice. On peut encore se marrer, il existe encore des endroits de résistance comme le théâtre. Mais je ne me prends pas pour Jean Moulin (rires).

On vous a surnommé le " sniper du paf ". Pourtant ceux qui vous connaissent bien disent que vous êtes un faux méchant au grand cœur…

Oui mais… ce n'est pas très bon, car j'ai vécu avec l'image de méchant ! Si maintenant on dit que je suis gentil, heureusement que je suis en fin de carrière, sinon ça va être un terrible manque à gagner pour moi (rires).

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