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La prostitution, ce n'est pas que du cul

07h00 - 19 avril 2023 - par Info Haute-Vienne
La prostitution, ce n'est pas que du cul
La réalisatrice Geneviève Albert et Sharon Kalusevi, juriste à France Victimes 87

La réalisatrice canadienne Geneviève Albert était à Limoges pour présenter en avant-première son film Noémie dit oui au Grand Écran, avant sa sortie nationale le 26 avril.

Le compteur défile et s'arrête à 37. 37 nuits ? 37 journées ? Non... 37 clients en 3 jours, enchaînés durant le Grand Prix de F1 à Montréal par Noémie, une adolescente qui a dit oui...

« La prostitution est une réalité qui me bouleverse depuis mon adolescence et qui m'a toujours indignée. C'est un sujet fort qui ne m'a jamais lâchée, explique Geneviève Albert, la réalisatrice, qui était à Limoges pour présenter son premier long-métrage. En faisant des recherches, j'ai appris que l'âge moyen d'entrée dans la prostitution était de 14-15 ans au Canada (N.D.L.R. : son pays d'origine) comme en France. Je pensais que ce chiffre concernait plutôt les pays connus pour le tourisme sexuel ».

Pour filmer les scènes de prostitution, Geneviève Albert a choisi de pointer sa caméra vers les clients. S'ils jouissent habituellement d'une invisibilité dans la société, ils sont de chair et de sang dans ce film : ils ont un visage, un corps, une voix. Ils sont concrets, ordinaires, et... nombreux. « Ce parti pris de la répétition conjuguée à une mise en scène frontale rend ardues voire insoutenables les scènes de prostitution. Et c'est là tout le propos de Noémie dit oui. L'instant d'un film, j'ai voulu qu'on ne puisse pas ignorer l'horreur. Qu'on ne puisse pas s'en détourner », décrypte-t-elle.

La comédienne Kelly Depeault est bouleversante en ado blessée, révoltée, en colère, manipulée et... en manque d'amour d'une mère abandonnique. Elle commence par refuser la prostitution mais « ce n'est que du cul » et « 12 clients par jour, ce n'est pas si terrible. Noé dit oui, on travaillera ensemble », lui lance Léa, son amie, elle-même escorte. Âgée de 18 ans au début du tournage, Kelly a bénéficié d'une coordonnatrice d'intimité pour l'accompagner lors des scènes « corsées ». Ainsi, on ne la voit jamais nue à l'écran. « Je ne vais pas te sexualiser, ni érotiser la prostitution. Je veux insister sur les clients », lui avait garanti la réalisatrice.

CONSENTEMENT

« L'autre dimension que j'ai voulu explorer, c'est celle du consentement, d'où mon titre. Après une énième déception causée par sa mère, le fossé qui sépare Noémie de la prostitution se pulvérise. Mais quelle est la nature de sa décision ? Où tracer la ligne entre céder et consentir ? Suffit-il de dire oui pour consentir ? Et à partir de quel âge le choix de la prostitution devient-il valable ? Que vaut, par exemple, le consentement d'une escorte de 20 ans qui a débuté à l'âge de 15 ans ? Tous ces questionnements m'ont guidée pour écrire mon scénario qui ausculte les contours flous de la notion de consentement, s'interroge Geneviève Albert. Si j'ai choisi d'établir mon histoire pendant le Grand Prix, c'est parce qu'il s'agit de la période la plus achalandée en ce qui concerne le tourisme sexuel à Montréal. Durant cette fin de semaine, les centres jeunesse peinent à retenir les adolescentes qui fuguent pour aller combler la demande en services sexuels. De nombreuses jeunes filles s'y prostituent pour la première fois ».

FRANCE VICTIMES

Cette avant-première a permis à France Victimes 87 d'apporter des clés supplémentaires de compréhension des mécanismes d'entrée des mineurs dans la prostitution pour « un téléphone portable, des cadeaux de marque... un ''michetonnage'' qui leur apporte de la valeur sociale. D'ailleurs, nous avons créé un ''michetomètre'' », note Sharon Kalusevi, juriste de l'association.

Bruno Penin, directeur des Grand Écran, réaffirme : « Nous sommes attachés à toutes les formes de cinéma avec des films qui portent des messages. Nous ne sommes pas que des passeurs d'images, mais également des passeurs d'idées. D'où notre soutien à Geneviève Albert que je suis fier de recevoir ».

Noémie dit oui est finalement l'histoire de trop, beaucoup trop de personnes qui acceptent de fermer les yeux. Ces yeux à garder grands ouverts pendant le film, et après la projection...

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