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Cendrillon questionne le statut familial et social de la femme

07h00 - 04 mai 2023 - par Info Haute-Vienne
Cendrillon questionne le statut familial et social de la femme
Ezio Toffolutti a voulu mettre en scène une grande maison débraillée, avec beaucoup de portes et de domestiques, et des personnes vivant au-dessus de leurs moyens (© Jean-Marie Jagu)

Vendredi 12 mai à 20 heures, dimanche 14 mai à 15 heures et mardi 16 mai à 20 heures, l'Opéra de Limoges présente Cendrillon, un opéra de Jules Massenet en 4 actes et 6 tableaux.

Massenet livre avec Cendrillon une œuvre séduisante dans laquelle écritures orchestrale et vocale se prêtent à l'évocation du merveilleux. Il donne également à sa féerie lyrique des couleurs empruntant à tous les registres des voix féminines : du contralto au soprano colorature. Et si le Prince est interprété par une mezzo-soprano, cela le met sur un pied d'égalité avec Cendrillon. Les deux adolescents se retrouvent au pays des rêves et de l'amour, jusqu'à ce que ces rêves deviennent réalité...

« Cendrillon est une femme autocentrée et sûre d'elle, qui sait ce qu'elle veut, et en l'occurrence, elle veut le Prince. Elle est en débat avec un père égoïste qui souhaite la ramener à la maison, pour la protéger mais aussi pour l'avoir à lui tout seul. Le Prince, lui, est un être désœuvré qui ne veut pas sortir de son lit. Il ne veut pas être dans la société, refuse la réalité et préfère vivre dans le rêve. Le fait qu'il soit interprété par une femme le met d'emblée sur un pied d'égalité avec Cendrillon. Tous deux sont des adolescents, des êtres sans expérience qui tâtonnent. Nous les voyons en devenir, jusqu'à les voir rêver dans le même rêve, et jusqu'à ce que ce rêve devienne réalité, explique le metteur en scène Ezio Toffolutti. Le pouvoir est personnifié par un Roi désireux de le perpétuer. Il est aussi personnifié par Madame de la Haltière. C'est une femme qui ne pense pas, qui ne doute pas. Elle s'est mariée à Pandolphe pour son argent et le dépense allègrement. Pour elle, l'intérêt est simplement de trouver un objet et de l'acheter, et de ce point de vue, elle est l'archétype du consumérisme propre à l'ère industrielle. J'aime la comparer à un général : quand elle arrive, les domestiques sont au garde-à-vous. C'est d'ailleurs une mère autoritaire qui pense que le bal est un champ de bataille et ses filles lui obéissent au doigt et à l'œil. Quant à la Fée, ce n'est pas un personnage traditionnel. Pour moi, c'est une déesse grecque de la fortune, une déesse ex machina ».

Dans un astucieux dispositif scénique, et grâce à des costumes merveilleux (au sens propre du terme), Ezio Toffolutti offre une lecture à la fois fidèle et cocasse du conte de Perrault. Sans négliger les ballets pour lesquels Massenet avait proscrit un traitement chorégraphique académique et le tutu !

Aujourd'hui, la chorégraphie d'Ambra Senatore dont la fantaisie correspond à l'esprit de l'œuvre, prolonge cette modernité assumée.

Une œuvre féministe ?

« Il est probable que le choix d'un rôle travesti pour le Prince n'est pas anodin : il réduit l'écart de positionnement qui pourrait exister si le rôle était incarné par un homme. Ceci s'est vérifié lors de représentations où l'on a eu la mauvaise idée de confier ce rôle à un ténor : cela ne fonctionnait pas, celui-ci attirait davantage l'attention sur lui, décentrant le personnage de Cendrillon, et créant entre eux une espèce d'écart qui n'a pas lieu d'exister, du moins dans ce contexte, décrypte Hervé Oléon, musicologue spécialiste de Massenet. Si Cendrillon, adolescente, donc femme en devenir, est soudain l'objet des regards et désirs masculins, c'est finalement elle et elle seule, par l'intermédiaire de la pantoufle de vair, qui sera le gage de l'amour idéal et donc du bonheur du Prince. Autrement dit, la femme aimée est la clef de tout, dès lors qu'on la respecte, qu'on la chérit mais aussi qu'on l'accompagne dans la réalisation de ses propres espoirs, de ses propres rêves ».

Billetterie :

05.55.45.95.95 et

billetterie@operalimoges.fr

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