Les radios associatives sont-elles en danger ?
En 2012, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 13 février comme Journée internationale de la radio. Avec la baisse du Fonds de soutien à l'expression radiophonique (FSER) et l'arrivée de l'Intelligence Artificielle, les radios associatives, qui maillent notre territoire, vont-elles disparaître ?
Journaliste pour le Groupement des Radios Associatives Libres, Sébastien Péjou coordonne la rédaction régionale qui mutualise l'information de la quinzaine de radios appartenant au Gral en Haute-Vienne, Creuse, et Corrèze.
Qu'est-ce que le Gral ?
Le Gral est un groupement créé il y a une vingtaine d'années pour permettre aux nombreuses radios associatives de se coordonner, de mutualiser du contenu en faisant remonter les infos du terrain, et de financer un poste de journaliste professionnel pour piloter l'information régionale afin de proposer des journaux de qualité.
Ce n'est pas la première fois que les radios associatives sont menacées dans leur financement ?
Dans le projet de loi de finances 2025, on nous a laissés entendre une diminution de 30 %. Pour 2026, on nous parlait d'une baisse de 44 %. Ça aurait été catastrophique car le FSER représente, pour la plupart des radios associatives, plus de la moitié de leur financement. Cette baisse s'explique par le financement même de cette subvention. Jusqu'en décembre 2008, le fonds était constitué des recettes d'une taxe assise sur les sommes payées par les annonceurs pour la diffusion, par voie de radio ou de télévision, de leurs messages publicitaires. Mais, il provient désormais d'une dotation forfaitaire du budget de l'État. Or, on connaît la situation de l'État, qui va chercher partout où il peut à faire des économies. Chaque année, il y a donc une incertitude qui plane sur le devenir de ce fonds. Tous les ans, on nous dit que ça va encore diminuer, ce qui provoque au sein du Gral, le retrait de certaines radios, ayant peur des conséquences financières qu'elles pourraient avoir dans les mois ou les années à venir. Aussi, elles préfèrent garder la cotisation qu'elles donnent et quitter le Groupement, ce qui le met en difficulté. Cette incertitude provoque l'instabilité de nos radios, déjà assez fragiles financièrement. Imaginez un château de cartes sur une table : en plus du vent, on s'amuse à secouer la table. Au bout d'un moment, elles vont tomber. Même si cette année, le FSER est sauvé, l'incertitude nous place quand même dans une situation compliquée.
Que représente le FSER ?
Au niveau national, ce sont un peu plus de 35 millions d'euros, qui sont dispatchés à environ 750 radios associatives. En Limousin, une radio associative perçoit autour de 30.000€ en moyenne, en fonction de différents critères. Si la baisse annoncée de 44 % avait été votée, ce qui n'est donc pas le cas dans le projet définitif grâce au Sénat, cela aurait entraîné une perte d'environ 15.000€ par radio, soit l'équivalent d'un temps plein supprimé, la radio ne pouvant pas compenser le financement du poste.
Êtes-vous directement impacté par la baisse du FSER ?
Si les radios associatives membres du Gral subissent une forte baisse du FSER, elles pourraient donc ne plus avoir les moyens d'y adhérer, avec de possibles suppressions de postes dans leur structure, ce qui pourrait mettre en péril le poste que j'occupe.
Le passage à la diffusion numérique a également menacé le devenir des radios associatives...
En effet, le passage à la diffusion numérique, au DAB, a un coût. Pour une radio associative qui a peu de moyens, c'est d'autant plus difficile : elle doit continuer à payer pour émettre sur la bande FM et dorénavant payer pour émettre sur le DAB. Parce que si vous n'êtes pas sur le DAB, vous n'existerez plus dans quelques années. Donc, pour en revenir au FSER, s'il y a des coupes, nombre de radios associatives vont disparaître. C'est mécanique.
Quid des répercussions en termes de pluralité de l'information ?
Les radios associatives nourrissent la pluralité de l'information. Selon moi, plus il y a de médias différents avec des journalistes professionnels - et pas des influenceurs qui se prétendent journalistes en créant je ne sais quel truc sur les réseaux sociaux - meilleur c'est pour la démocratie, y compris localement.
Le thème de la Journée internationale de la radio 2026 est l'Intelligence Artificielle. Est-ce une alliée ou une source d'inquiétude ?
Je suis partagé. Cela peut permettre de compenser des pertes de moyens en ayant un outil qui ferait gagner un peu de temps sur certaines tâches répétitives. Mais d'un autre côté, ça risque de nous faire perdre du temps pour vérifier la véracité et les sources des informations, parce que l'IA générative est de plus en plus performante. Ce qui m'inquiète, c'est l'utilisation de l'IA, proposant des voix off, par certaines radios associatives qui n'auraient pas beaucoup de moyens ou qui justement auraient une baisse du FSER.



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