Le protoxyde d'azote : ce gaz hilarant qui ne fait rire personne
Depuis quelques semaines, le Gouvernement a lancé une campagne « choc » de sensibilisation pour alerter sur les conséquences graves de la consommation de protoxyde d'azote avec la diffusion d'un spot télé aux images et au message on ne peut plus clairs. Entretien avec Maurice Barate, le préfet de la Haute-Vienne, qui a fait de la lutte contre l'utilisation détournée du « proto » son cheval de bataille.
Vous êtes fortement mobilisé dans la lutte contre l'utilisation détournée du protoxyde d'azote. Pourquoi ?
Au-delà des drames que l'on a pu connaître au niveau national et départemental, il s'agit d'un phénomène qui prend un développement exponentiel.
De plus, la plupart des gens, qui sont dans ce trafic puisque c'est illégal, sont des trafiquants de stupéfiants avec des méthodes d'aujourd'hui. Ils ont compris tout l'intérêt qu'il y avait d'être dans le commerce illégal du protoxyde d'azote. En effet, alors que le public n'a pas forcément conscience de se droguer, ou en tout cas d'attenter à sa santé, les trafiquants ne courent pas les mêmes risques qu'avec des produits stupéfiants, puisque ça n'en est pas. Pénalement, le risque est donc moindre pour l'instant.
Marie-Pierre Vedrenne, la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la citoyenneté, était à Limoges, il y a quelques semaines. Elle est allée rencontrer des lycéens de Gay-Lussac. Qu'est-il ressorti de cette visite et des entretiens avec les jeunes ?
Mme Vedrenne avait des convictions, elle avait fait des constats avec les forces de sécurité au plan national. Elle est venue sur le terrain pour corroborer l'impression qu'elle avait, avec des professionnels de santé, des jeunes, des enseignants, des forces de sécurité, et avec nous-mêmes...
En plus du projet de loi RIPOST, Mme Vedrenne, étant également chargée des campagnes de prévention de la délinquance pour le ministère de l'Intérieur, a lancé au mois d'avril une campagne de prévention contre l'utilisation détournée du protoxyde d'azote, avec un spot télévisé très bien fait, qui montre différentes situations avec des jeunes, qui soit perdent conscience et sont hospitalisés, soit qui ont des accidents graves, soit qui perdent leurs moyens « physiques ». Au-delà des accidents de la route, demeurent les séquelles, dont finalement on parle peu, avec des personnes qui, malheureusement, ont des atteintes de leurs facultés mentales, voire perdent leur mobilité et se retrouvent en fauteuil roulant. Le protoxyde d'azote, qui était quelque chose que l'on se passait entre jeunes, devient maintenant quelque chose de grande consommation avec des ballons de baudruche entiers. Dans tous les cas, il s'agit d'un produit qui, quelle que soit sa quantité, ne doit absolument pas être inhalé par la bouche ou par le nez, puisqu'il y a un danger grave pour le cerveau, induisant des pertes de contrôle avec des séquelles irréversibles.
Que contient le projet de loi RIPOST, présenté par Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur ?
Le premier volet du plan RIPOST concerne l'usage du protoxyde d'azote, quand il est détourné, pour mettre fin à un fléau qui menace notre jeunesse. Un certain nombre de mesures sont proposées, dont un renforcement très marqué de la sanction pénale, tant pour l'inhalation - hors du cadre médical où il est un anti-douleur, et en cuisine - que pour le transport du produit. Aujourd'hui, il circule dans de grandes quantités, plus seulement en petites cartouches pour les siphons à chantilly, mais en grosses bonbonnes de plusieurs kilos parfois. Une autre partie vise la conduite sous l'empire du protoxyde. Il y a quelques jours, un accident mortel a eu lieu sur l'autoroute A 20 à Limoges avec quelqu'un qui a pris des risques inconsidérés au volant. On ne sait pas si le conducteur avait consommé du protoxyde d'azote mais une bouteille a été retrouvée dans l'habitacle.
Ce produit, qui est dorénavant répandu, est souvent consommé de nuit avec d'autres produits en même temps, pour faire la fête, sauf que ce n'est ni drôle, ni festif ! Aussi, il est question de ne pas l'autoriser en dehors de certains horaires, pour restreindre au maximum les capacités d'un public qui n'a pas le droit de l'utiliser.
Enfin, la vente va être encadrée et fortement réprimée : les commerçants contrevenants risqueront en plus des amendes, des peines d'emprisonnement et des fermetures administratives.
La Préfecture va-t-elle être partie prenante avec d'autres partenaires à des opérations de prévention ?
Nous le sommes déjà, notamment, lors des opérations de contrôle, avec donc de la répression, dans l'attente des mesures supplémentaires du projet de loi RIPOST. Déjà, la loi de 2021 nous permet un certain nombre de sanctions en la matière, à la suite de contrôles d'activités illégales ou de personnes, soit parce qu'elles vendent sans y être autorisées un produit, soit parce qu'elles sont au volant dans un état qui n'est pas compatible avec la conduite automobile... Des actions sont menées avec l'Education nationale, les milieux de la prévention spécialisée, l'hôpital... Les campagnes de prévention vont être démultipliées à l'échelon local sur la durée, et nous allons poursuivre des entretiens que nous avons déjà commencé à réaliser.
CHIFFRES CLÉS entre 2022 et 2023
- Les signalements d'intoxications liés au protoxyde d'azote ont été multipliés par 3, les cas graves ont été multipliés par 4 sur la même période ;
- 59 % des signalements correspondent à des usages répétés sur plus d'un an ;
- 50 % décrivent une consommation quotidienne ;
- 10 % concernent des mineurs ;
- Plus de 80 % des signalements font état de troubles neurologiques.



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