Le 1er Mai : une journée revendicative au fil des siècles
Le 20 juillet 1889, la IIe Internationale socialiste décide de faire de chaque 1er mai une journée de grève et de manifestation avec pour objectif la réduction de la journée de travail à huit heures. La revendication étant satisfaite lors de l'entre-deux-guerres dans la plupart des pays européens industrialisés, cette journée devient au XXe siècle une journée de lutte et de célébration des combats des salariés et du mouvement ouvrier.
En France, dès 1890, les manifestants du 1er Mai ont pris l'habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Celui-ci est quelques années plus tard remplacé par la fleur d'églantine, reprenant peut-être les coutumes de l'arbre de mai.
En 1907, à Paris, le muguet remplace l'églantine, renouant avec une ancienne coutume remontant à la Renaissance à l'époque de Charles IX, qui consistait à offrir le muguet de mai. La fleur aux clochettes blanches est alors portée à la boutonnière avec un ruban rouge. À partir de ce début de XXe siècle, il devient donc habituel, à l'occasion du 1er Mai, d'offrir ce brin de muguet.
Aujourd'hui, une tolérance de l'administration fiscale dans certaines communes permet aux particuliers et aux organisations de travailleurs de vendre des brins de muguet sans formalités ni taxes sur la voie publique en respectant toutefois les autres obligations légales (il s'agit par exemple de muguet du jardin ou des bois et non pas de muguet acheté, sinon ce serait de la revente).
Le 1er Mai, avant d'être la journée des travailleurs, était célébré en Europe par les coutumes de l'arbre de mai. Il en subsiste quelque chose dans certains des premiers défilés.
Le 23 avril 1919, le Sénat ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant une journée chômée, sans en faire une fête officielle.
Le 24 avril 1941, le maréchal Pétain instaure officiellement par la loi Belin le 1er mai comme " la fête du Travail et de la Concorde sociale ", appliquant ainsi la devise " Travail, Famille, Patrie " : par son refus affiché à la fois du capitalisme et du socialisme, le régime pétainiste recherche une troisième voie fondée sur le corporatisme, débaptisant " la fête des travailleurs " qui faisait trop référence à la lutte des classes. À l'initiative de René Belin, ancien dirigeant de l'aile anticommuniste de la CGT devenu secrétaire d'État au travail dans le gouvernement de François Darlan, le jour devient férié, chômé et payé. L'églantine rouge, associée à la gauche, est remplacée par le muguet. Cette fête disparaît à la Libération.
La loi no 46-828 du 26 avril 1946 fait du 1er Mai 1946 un jour chômé et payé. En avril 1947, sur proposition du député socialiste Daniel Mayer et avec le soutien du ministre communiste du Travail Ambroise Croizat, le 1er Mai est réinstitué jour chômé et payé dans le code du travail, sans être une fête nationale. Enfin, la loi no 48-746 du 29 avril 1948 fait du 1er Mai un jour férié et chômé mais payé.
Alors que cette fête disparaît dans les années 1950 et 1960, les défilés étant interdits lors des guerres d'Indochine et d'Algérie, il faut attendre le 1er mai 1968 pour que la CGT organise, pour la première fois depuis 1954, une grande manifestation dans les rues de Paris, choisissant de défiler avec le Parti communiste. Le défilé réunit des dizaines de milliers de manifestants.
Des manifestations syndicales, voire intersyndicales ou unitaires (selon les années, les revendications et les mouvements sociaux en cours), ont lieu dans les grandes villes de France le 1er Mai, les plus importantes d'entre elles se déroulant traditionnellement lieu à Paris.



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