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Sourds mais pas manchots (Dossier spécial handicap)

16h00 - 01 décembre 2021
Sourds mais pas manchots (Dossier spécial handicap)
Les joueurs communiquent par gestes - ©

Au premier coup d'oeil, difficile de remarquer une différence entre ces handballeurs s'entraînant dans le gymnase du Capo. Pourtant, la moitié d'entre eux n'entendent pas les ordres de leurs camarades, mais se comprennent d'un simple geste.

L'équipe hand sourds du CAPO, qui s'entraîne régulièrement avec les autres joueurs valides du club, n'a pas à rougir de ses performances, bien au contraire, puisque cinq de ses membres ont participé aux championnats d'Europe au sein de l'équipe de France.

Onze handijoueurs

Cette section a vu le jour en 2014, sous l'impulsion de Vincent Cottineau. « J'ai pratiqué le hand depuis tout petit, à Châteauneuf-la-Forêt notamment, avec des entendants. Lorsque je suis arrivé à Limoges, je me suis rapproché d'un club de sourds pratiquant le volley, mais lorsqu'il a fermé, j'ai proposé à la section handball du CAPO de créer une section handisport », se souvient-il.

Le club a de suite été enthousiasmé par l'idée et Vincent n'a pas tardé à recruter des joueurs pour leur transmettre sa passion de la discipline. Ils sont actuellement onze. Au début, ils pratiquaient juste pour le loisir, mais très rapidement, ils ont renforcé les autres équipes du club. « Jouer avec des valides n'est pas compliqué, c'est juste une question d'habitude, notamment pour eux, qui doivent s'habituer à nos codes gestuels plutôt que de crier les consignes. Depuis l'an dernier, comme il y a beaucoup de nouveaux joueurs, c'est l'entraîneur qui s'est chargé de leur apprendre ces gestes », explique-t-il. « Cela nous oblige à avoir une autre attention dans le jeu et, sur le terrain, nous avons dû nous habituer à gérer l'espace autrement. Il faut surtout que les arbitres marquent bien les gestes. C'est très enrichissant pour tout le monde », concède Stan Pereira, le coach de l'équipe de pré-région départementale.

Sélections régulières en Bleu

Les joueurs de V. Cottineau ont ainsi pu s'épanouir et progresser aux côtés de leurs camarades valides. « Nos relations avec les autres équipes du club sont excellentes, c'est très chaleureux et nous bénéficions de l'entraide de tous », avoue-t-il. La section participe également au championnat de France hand sourds, qui compte six clubs. « Le championnat est en pleine expansion, car de nouvelles sections se créent chaque année », prévient le coach, dont l'équipe a remporté ce championnat à trois reprises. « Mes joueurs progressent bien car ils ont la chance de pouvoir s'entraîner avec les entendants. Nous ne ressentons pas les vibrations, tout repose sur le visuel, nous devons donc être hyperattentifs et complices pour anticiper les actions pour être bien placés. Nous percevons mieux les erreurs, ce qui constitue un grand avantage ».

L'excellence du jeu limougeaud est reconnue, puisque six handballeurs du CAPO font désormais partie de l'équipe de France, qui espère participer aux Jeux Olympiques pour les sourds, les « Deaflympics » au Brésil en 2022 et au championnat du Monde au Danemark en 2023. L'an dernier, Limoges a d'ailleurs accueilli l'un des trois stages annuels des Bleus.

Après deux saisons blanches au cours desquelles elle caracolait en tête, l'équipe limougeaude est repartie à la conquête de son titre, avec trois nouveaux joueurs. La section recherche des partenaires financiers, car la moitié de son budget est consacrée aux frais de déplacement et d'hébergement, ce championnat étant éclaté sur l'ensemble du territoire. Cette pratique sportive régulière procure beaucoup de bien-être à Vincent Cottineau et ses coéquipiers, car au-delà de l'effort physique, cela facilite leur inclusion sociale et cultive leur soif de se dépasser pour remporter des défis et conquérir de nouvelles médailles.

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