Quand la terre devient un personnage
Les 4, 5 et 6 mars, le Théâtre de l'Union à Limoges présente La Terre, un grand spectacle populaire mis en scène par Anne Barbot de la Cie Nar6, d'après le roman éponyme d'Émile Zola.
L'essor de la révolution industrielle en Europe conduit au libéralisme économique dont l'une des applications majeures est, dans le domaine commercial, le libre-échange. Le blé américain inonde donc le marché français et entraîne la chute du prix du blé. Les premiers à en souffrir sont les agriculteurs mis sous la pression de la rentabilité. Arrivent alors les grandes questions de la nécessité de la mécanisation, de l'utilisation des engrais chimiques et du remembrement, afin d'être plus compétitif.
C'est au milieu de cette période charnière que Zola plante ses personnages. Nous sommes dans une ferme familiale et le patriarche, le père Fouan, devenu trop vieux pour continuer à cultiver ses terres, se résigne à en faire don à ses trois enfants : Fanny, mariée à un cultivateur et maire du village M. Delhomme ; Hyacinthe, dit " Jésus-Christ", épicurien et révolté, qui dilapide ses sous au bistrot du village, et Joseph, dit Buteau, tellement obsédé par l'idée d'être défavorisé qu'il refuse dans un premier temps le partage des terrains. Les trois héritiers sont, en échange, chargés de subvenir aux besoins de leur père, en lui versant une pension alimentaire, obligation dont ils s'acquittent ou pas. Malade, le père Fouan, ce Roi Lear des champs, transhumera de chez sa fille à chez Buteau, puis chez Jésus-Christ.
Un contexte si actuel
Dans cette fresque âpre et charnelle, huit interprètes incarnent avec force la vie paysanne dans ce qu'elle a de plus rude et de plus noble : le labeur des corps, l'angoisse du ciel, la guerre sourde de l'héritage. Anne Barbot signe une tragédie d'une ampleur shakespearienne où la terre elle-même devient personnage : enjeu de pouvoir, objet de convoitise, raison de vivre et de mourir. Si le récit date du XIXe siècle, il résonne avec une troublante acuité : le monde rural écrasé par le libre-échange, livré à lui-même par le politique, c'est celui de Zola et c'est aussi le nôtre.
Mercredi 4 mars à 20h, jeudi 5 mars à 17h30 (visite tactile), à 19h (en audiodescription et rencontre bord de plateau à l'issue de la représentation), vendredi 6 mars 2026 à 19h.
À partir de 15 ans (ce spectacle contient des scènes pouvant heurter en raison de violences sexuelles).
Billetterie : 05.55.79.90.00 et billetterie.theatre-union.fr



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