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Peindre les blessures de l'antisémitisme

14h00 - 29 novembre 2021
Peindre les blessures de l'antisémitisme
Soixante et une oeuvres sont dans les collectionsdu musée de la Résistance (© Laurent Lagarde/Ville de Limoges) - ©

Jeune polonaise fuyant l'antisémitisme de son pays, Rywka Mesynger (1919-1980) fut envoyée chez son frère en Belgique. Elle avait 13 ans et ignorait complètement le français. Elle laissait derrière elle la haine et la violence des pogroms. Sans le savoir, elle avait reçu en héritage les traumatismes liés à l'antisémitisme de la population.

Avec ces blessures silencieusement enkystées dans son être et sans la possibilité de les verbaliser, ce fut la peinture qui servit de catharsis. L'artiste ne s'intègre pas dans un courant artistique, elle est inclassable tant sa peinture est une œuvre éclectique. Cette peinture est le produit visible d'une transmission transgénérationnelle de traumatismes non-dits.
L'entrée dans les collections du musée de la Résistance de Limoges d'une partie de l'œuvre de Rywka Mesynger est due à une suite d'heureux hasards.

En 2019, le musée fut contacté par Nathalie Ruhlmann, propriétaire d'une galerie d'art à Paris, au nom de Bernard Michaut, propriétaire des œuvres. Fondateur de la Chambre européenne des experts-conseils en œuvres d'art (CECOA), ce dernier avait sa propre galerie au Village Suisse, haut lieu des collectionneurs et vendeurs d'art situé non loin du Champ de Mars et de la Tour Eiffel.

Un jour, un visiteur belge vint le voir et lui présenta les photographies de quelques œuvres. Comme le dit cet amoureux de l'art, « ce fut un véritable coup de foudre, un choc émotionnel tel qu'il me fallait sauver cette artiste, tant la force et l'éclat de son travail étaient manifestes ».

En effet, une artiste décédée sans descendance en 1981, un époux qui la rejoignait quelques années après, une importante quantité de tableaux abandonnés : tout convergeait pour que l'œuvre de Rywka Mesynger disparaisse. Bernard Michaut racheta l'ensemble des peintures en 1989 et les mit en sécurité chez lui à Paris. Certains de ces tableaux furent vendus et se retrouvèrent chez des collectionneurs aux États-Unis. Cependant, alors qu'il décidait de s'installer à Eymoutiers, ce passionné des arts voulut que les peintures fussent conservées dans une structure publique.

C'est dans ce contexte que le musée fut contacté et qu'une donation fut actée chez notaire le 28 janvier 2021. Soixante et une œuvres sont dorénavant dans les collections du musée de la Résistance de Limoges et seront présentées durant cette exposition jusqu'au 31 décembre.

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