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La seconde main, une occasion à ne pas rater

08h00 - 07 avril 2021
La seconde main, une occasion à ne pas rater
Les téléphones reconditionnés sont vendus 15 à 20 % moins chers - ©

Réduite dans un premier temps aux vide-greniers et à quelques réseaux spécialisés, la seconde main se développe dans tous les secteurs, mêlant enjeux économiques et achats responsables.

Il y a encore une décennie, on s'en cachait presque : acheter d'occasion était synonyme de budget très serré, de familles aux petits revenus. À présent, la seconde main, qui représenterait 7 milliards d'euros en France selon Xerfi, a changé d'image. Les clients se vantent des économies réalisées : 86 % des Français estiment avoir « gagné » 206 € en une année en revendant des articles (étude réalisée par Oney). En parallèle, 78 % des Français s'inscrivent dans une démarche responsable avec une consommation raisonnée.

TÉLÉPHONES RECYCLÉS

Bien sûr leboncoin et Vinted portent la dragée haute, mais les commerces de proximité parviennent à se démarquer. À la Clinique du mobile à Limoges, Guillaume Blain propose depuis trois ou quatre ans des iPhones reconditionnés. « Alors que le coût de ces smartphones est de plus en plus important, le marché de la seconde main l'est tout autant. Maintenant, 90 % de l'activité vente pour les particuliers concernent des appareils reconditionnés, qui bénéficient ainsi de 15 à 20 % de différence de prix par rapport à du neuf », explique-t-il.

Si Back Market, le leader sur la toile, a permis de « démocratiser » cette pratique, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous avec 30 % de retours. « À tarifs identiques, les clients préfèrent venir chez nous, se prévenant de toute forme d'arnaques, notamment les chefs d'entreprises qui récupèrent des flottes », confie le docteur des mobiles, possédant lui-même un iPhone reconditionné.

Finis la frime et les smartphones équivalant à un SMIC, la clientèle veut faire travailler le commerce local et surtout adopter des gestes luttant contre la surconsommation. Celle qui met la planète en danger, avec entre autres dans la téléphonie, des composants très difficiles à recycler.

UNE ENVIE... D'OCCASION

Besoin de changer sa machine à laver, son lave-vaisselle, son réfrigérateur ? Pour les porte-monnaie raplapla comme pour ceux qui, par idéologie ne conçoivent plus d'acheter du neuf ou qui pestent contre l'obsolescence programmée, il y a Envie en Limousin. L'association récupère le gros électroménager et les D3E auprès des grandes surfaces qui ont un contrat avec Ecosystème. Certains équipements seront rénovés et vendus 30 à 50 % moins chers. En moyenne, 2 000 appareils trouvent preneurs chaque année. En 2020, 550 à 600 tonnes ont été collectées, un peu moins que d'habitude à cause du Covid. Mais pour 2021, Carlo Maurin, responsable de site Envie Limoges, prévoit une augmentation, peut-être jusqu'à 650 tonnes : « Il y a encore six ans quand je suis arrivé à Envie, les gens jetaient moins. Aujourd'hui, ils remplacent plus facilement leur électroménager. Nos appareils sont aussi fiables que du neuf, sont garantis un an, et peuvent être en A+++. Nous proposons aussi un service de dépannage, qui est dans la même philosophie : éviter de jeter ».

FAIRE LE MAXIMUM

Bien connu dans le nord de la Haute-Vienne, Maximum fête ses 30 ans cette année. L'association, qui possède deux magasins à Mailhac-sur-Benaize (1 200 m2) et Bellac (120 m2), a une activité de ressourcerie avec la collecte d'encombrants, par le porte-à-porte, dans des débarras, dans les déchetteries et avec les apports volontaires. Les objets collectés sont triés et valorisés : soit ils deviennent des déchets ultimes, soit ils partent dans deux ateliers pour le gros électroménager et la réparation de mobilier, soit ils sont simplement nettoyés. Ainsi, 800 tonnes sont collectées annuellement : 400 tonnes deviennent des matières recyclées et 100 tonnes sont revendues. En un mois, 1 500 actes d'achat ont été réalisés, avec 3,5 fois plus de visiteurs.

« Depuis cinq ans, l'achat responsable augmente petit à petit. L'occasion ne concerne plus seulement les bénéficiaires d'associations caritatives mais tous les publics, même les clients qui pourraient acheter du neuf, ce qui fait de nos magasins des lieux de mixité. Les mentalités évoluent et on voit les prémices de changements de comportements, dessinant la consommation de demain. Nous avons observé une accentuation des demandes depuis le début de la crise sanitaire », constate Yann Barraud, le directeur des deux sites, où la seconde main a conquis les habitants ruraux comme les urbains.

FRIPERIE

L'un des secteurs de prédilection de l'occasion est le textile : à l'article, au poids, de marque, vintage, robes, jeans, pulls, manteaux, pantalons... ont aisément une seconde vie avec un achat ou un coup de cœur solidaire.

Stéphane Gourier, le directeur de l'association d'insertion professionnelle ALEAS, qui s'occupe, en outre, de la gestion de la friperie Lysa à Limoges et Saint-Junien, détaille : « Grâce aux quatre box et aux apports personnels, 30 tonnes de vêtements sont récupérées et un quart est revalorisé. Le reste est recyclé par le Relais ». À l'instar des autres acteurs de l'occasion, il a remarqué une modification des mentalités depuis 2017-2018, se vêtir à bas prix n'étant plus seulement lié à un frein financier, mais à une préoccupation environnementale pour faire « attention à la planète ». Avec des articles à 1 € (et même à 50 cts pour les bébés), il est possible de refaire sa garde-robe sans se ruiner, le panier moyen étant entre 5 et 10 €, pour les 50 à 60 transactions quotidiennes.

ET LA GRANDE DISTRIBUTION ?

Bien évidemment, la grande distribution n'a pas manqué le virage de l'occasion. Leclerc a lancé son nouveau concept « Leclerc Occasion » en 2018 en Haute-Garonne, et compte actuellement une quarantaine d'enseignes, dont Limoges. On y trouve tout sauf du textile et du mobilier. Les clients apportent les produits qu'ils ne veulent plus afin qu'ils soient vendus (informatique, jeux, consoles, petit et gros électroménager, bijoux, maroquinerie, outils...). Ces derniers sont alors mis en vente, jusqu'à ce qu'ils soient achetés par d'autres clients. À la différence d'un dépôt-vente classique, une fois le produit racheté, le vendeur ne reçoit pas d'argent, mais plutôt un bon d'achat qui est valable dans le magasin.

Contrairement à Toulouse, Carrefour Limoges Boisseuil ne dispose pas de corner pour la vente de textile d'occasion. En revanche, Super U Corgnac a été magasin test pour ce type d'opération, qui s'est achevée il y a un peu plus d'un mois.

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