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Marie-Laure Boutant

14h00 - 27 octobre 2020
Marie-Laure Boutant
« Le tabac est une véritable drogue qui induit une addiction » (© Christophe Chamoulaud/CHU Limoges) - ©

Marie-Laure Boutant, infirmière tabacologue dans le service de cardiologie du CHU de Limoges, connaît bien les effets du tabac sur la santé et l'organisme.

Quelles sont les maladies causées par la cigarette ?

Aucun organe n'est épargné et toutes les maladies vont être aggravées par le tabac. La plus connue est le cancer des poumons, puis de la gorge, de l'œsophage, de la vessie... En France, un cancer sur trois est lié au tabac. On peut également mentionner les bronchites, les emphysèmes à répétition, les infections bucco-dentaires et tout ce qui est de l'ordre de l'inflammation musculaire et neuropathique. Lors d'une opération chirurgicale, la cicatrisation est moins bonne pour les fumeurs, les tissus étant moins bien oxygénés, ce qui peut occasionner des infections.

Le tabagisme est aussi un facteur aggravant pour des pathologies telles que l'hypertension, l'asthme ou le diabète. En fait, tout fumeur s'expose à une maladie.

Sans omettre les pathologies cardiaques...

Le tabac augmente le risque de maladies cardio-vasculaires, avec en premier lieu l'infarctus. Un patient qui a eu un « événement cardiaque » a 5 fois plus de risques que cela se reproduise s'il continue de fumer. L'arrêt du tabac va conditionner la récidive. Malgré la peur, 56 % des patients qui ont vécu un « événement cardiaque » refument pourtant six mois après. D'où la nécessité d'un accompagnement à l'arrêt du tabac, le plus important pour réussir étant d'être dans le « confort » avec des substituts nicotiniques. Outre l'infarctus, on peut citer l'AVC (accident cardio-vasculaire), les artérites des jambes (inflammations des artères qui en stade ultime peuvent aller jusqu'à l'amputation).

Les bénéfices de l'arrêt du tabac sont-ils immédiats ?

Le risque de crise cardiaque diminue après 24 heures d'arrêt. Les poumons commencent à se débarrasser du mucus et des résidus de fumée. Le corps ne contient plus de nicotine et est donc mieux oxygéné.

Les dangers du tabac sont-ils identiques lorsqu'on fume cinq cigarettes ou un paquet par jour ?

Même en fumant 1 ou 2 cigarettes par jour, on s'expose à la maladie, et plus on a fumé longtemps, plus on s'expose à développer des maladies. D'où l'intérêt de prendre le problème à bras-le-corps chez les adolescents et les jeunes fumeurs, afin de diminuer le nombre d'années de « cohabitation ». Nous avons pu observer d'ailleurs un rajeunissement des patients cardiaques qui étaient de jeunes fumeurs. À 20 ans, on est un fumeur heureux, à 30 ou 40 ans, on est esclave de la cigarette.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Il n'y a pas de règle, mais lorsqu'on est essoufflé ou davantage qu'à l'accoutumée, quand on a une douleur dans la poitrine, dans le bras, il faut en parler au médecin, et lui spécifier qu'on est fumeur.

Le tabagisme passif entraîne-t-il les mêmes risques ?

Les personnes subissant le tabagisme passif sont confrontées à la maladie alors même qu'elles n'ont jamais fumé. Ainsi, nous avons reçu un buraliste qui était non-fumeur mais qui a développé un cancer car à l'époque tout le monde fumait dans son établissement. Il peut en être de même pour les enfants dont les parents fument dans les voitures.

Que pensez-vous de la cigarette électronique ?

C'est moins pire ! Fumer, c'est comme prendre une autoroute en sens inverse ; avec la cigarette électronique, c'est rouler sur une autoroute avec des risques contrôlés. Dans le service, on ne va pas l'encourager mais si un patient y est sensible, pourquoi pas, notamment pour les gros fumeurs. En usage exclusif (sans continuer à fumer en même temps), la vapote peut être un outil de transition vers l'arrêt.

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