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Benoît Sadry a reçu la Croix de Chevalier de l'Ordre du Mérite allemand

10h10 - 09 juillet 2026 - par Info Haute-Vienne
Benoît Sadry a reçu la Croix de Chevalier de l'Ordre du Mérite allemand
Benoît Sadry a été décoré par Stefanie Zeidler, la Consule générale d'Allemagne (© Nicolas Duffaure)

Le président de l'association nationale des familles des martyrs a reçu la plus haute distinction de la République fédérale d'Allemagne, scellant ainsi encore un peu la réconciliation des deux nations.

Quelques jours après la commémoration du 82e anniversaire du massacre, à laquelle elle a participé et à la veille de quitter le consulat général d'Allemagne à Bordeaux, Stefanie Zeidler était partagée entre l'honneur qui lui était fait de représenter le président de la République fédérale d'Allemagne pour épingler au revers de la veste de Benoît Sadry cette Croix de Chevalier de l'Ordre du Mérite et l'émotion d'incarner cette remise " car j'ai considéré comme un privilège d'avoir pu accompagner, modestement, sur une partie du chemin de mémoire et de rapprochement ".

D'emblée, si la Consule générale a rappelé qu'une telle cérémonie n'aurait pas " été possible il y a encore 15 ou 20 ans, car le crime était trop atroce, les blessures trop profondes, tout comme l'impunité dont ces crimes ont longtemps bénéficié ", elle a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas pour le président fédéral Frank-Walter Steinmeier de " réparer l'irréparable ", mais d'honorer " votre engagement, tout au long de votre vie, consacré à construire un chemin de mémoire partagée ".

Car c'est bien de partage d'une même mémoire qu'il s'agit, celle des êtres chers tragiquement disparus du côté français et celle de la responsabilité morale d'avoir perpétré ce massacre côté allemand. " Au fil de nos nombreux échanges, j'ai également compris combien la reconnaissance visible de cette responsabilité par l'Allemagne constituait la condition même de la réconciliation. Vous m'avez encore récemment parlé de l'importance considérable qu'ont eue les enquêtes menées par la justice allemande à partir de 2013. Tardivement, certes. Trop tardivement même. Mais vous m'avez fait comprendre à quel point ces enquêtes étaient cruciales pour de nombreuses familles de victimes. Ce fut le moment décisif où elles ont eu le sentiment que l'Allemagne s'intéressait enfin à leur histoire, qu'elle écoutait et assumait sa responsabilité. C'est ce qui a rendu possible, pour beaucoup d'entre elles, de s'ouvrir à un rapprochement et la possibilité d'une réconciliation ", a poursuivi Stefanie Zeidler.

Après avoir insisté sur la profondeur de l'engagement de Benoît Sadry, qui à 23 ans, est devenu secrétaire de l'association qu'il préside depuis 2023 et élu conseiller municipal à 24 ans, elle a solennellement déclaré " L'Allemagne distingue aujourd'hui un homme qui a consacré sa vie à la mémoire des victimes d'Oradour-sur-Glane. Mais elle distingue aussi un homme qui a compris que la mémoire n'est pas seulement tournée vers le passé : elle est une responsabilité pour le présent et pour l'avenir. Vous avez montré qu'il était possible de rester fidèle aux victimes tout en tendant la main à l'autre ; d'assumer l'histoire sans en rester prisonnier. Vous avez ainsi servi une certaine idée de l'Europe, celle qui ne se construit pas dans l'oubli, mais dans la lucidité. En témoignent vos relations étroites avec des partenaires, des personnes et des institutions allemandes, telles que la ville de Hersbruck, la région de Moyenne-Franconie, la ville de Dachau et son mémorial. En témoigne également votre engagement aux côtés de partenaires européens, comme le réseau des Villes mémoire ".

Après avoir retracé les différentes étapes de ce marathon de 25 années qui ont conduit à ce rapprochement exemplaire, Benoît Sadry a rappelé aux nombreuses personnalités, dont le sous-préfet d'arrondissement, Aurélien Adamsky et Agathe Hébras, rassemblées dans les salons du consulat général, cette image ô combien symbolique et poignante du 10 juin 2024, " lorsque, entre deux présidents, l'un français, l'autre allemand, deux descendantes — l'une d'un survivant du massacre, l'autre de l'un des auteurs des coups de feu qui ont semé la mort 80 ans plus tôt — se tiennent la main, sur les lieux même de l'exécution, pour témoigner de ce que nous ne voulons plus jamais revivre entre nos deux peuples ". Il avoue mesurer " combien nous devons toujours être déterminés à suivre, en tant que citoyen, l'idéal de ceux qui ont voulu à tout prix construire cette Europe de la paix et de la sécurité pour nos peuples ".

Et en toute humilité, il a conclu sur ces mots à propos de cette distinction : " Je ne sais pas s'il relève du mérite, s'il nécessitait véritablement cette décoration aujourd'hui, mais cet idéal, basé sur ces valeurs de liberté, de dignité, de justice et de solidarité, est le mien, il est à la fois ma conviction et ma passion, il est le fondement de mon engagement de citoyen ".

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