On a lu « Limoges rouge sang » de Rémy Lasource
Après Profanations à Limoges - Le halo des tombes, les lecteurs retrouvent Caro et Ibra, deux policiers limougeauds, dans Limoges rouge sang. Entretien avec l'auteur Rémy Lasource, qui est également commandant de police.
Sans tout dévoiler, évidemment, quelle est l'histoire de ce nouveau polar ?
L'intrigue tourne autour d'un double mystère ésotérique : la disparition d'animaux domestiques, que l'on pense attribuée à un loup-garou, et des femmes qui se font mordre dans le cou en boîte de nuit et qui seraient possiblement victimes d'un vampire séducteur.
Comment est née l'idée de la créature de la goule ? Vous êtes-vous inspiré d'une affaire réelle ?
Dans cette série à Limoges, en parallèle du quotidien de la police traité de façon très réaliste, je souhaite qu'il y ait toujours un mystère ésotérique, puisé dans le folklore, les religions ou les mythologies. La goule apparaît dans le conte Les Mille et Une nuits.
C'est le retour de Caro et Ibra, qui étaient déjà les protagonistes de Profanations à Limoges. Que sont-ils devenus ?
Les personnages ont évolué dans leur métier, dans leur relation également. Mais c'est la vie de coéquipiers, qui sont ensemble toute la journée. Donc, ils ont des moments forts, des moments de tension, des moments de peur. Puis, la proximité avec la mort, le fait de couvrir leurs arrières, ça peut créer des rapprochements...
Ne trouvez-vous pas qu'Ibra vous « ressemble », un colosse de plus de 100kg, musclé, qui soulève de la fonte ?
Peut-être qu'il me ressemble physiquement mais il est très gentil alors que j'ai le tempérament d'un chien fou. Il ne s'énerve pas, il est placide, mais il est présent quand on a besoin de lui...
On retrouve également un personnage secondaire avec l'apiculteur Daniel Bonheur...
Daniel Bonheur (NDLR : c'est un pseudo) est mon formateur en apiculture, qui est un loisir que j'aime bien. Je vais certainement avoir une deuxième ruche. Ça m'éveille aux floraisons. En ce moment, mes abeilles sont dans un arbre fruitier. Elles sont chargées de pollen et bourdonnent autour de moi. C'est un vrai plaisir. Quand tu as des abeilles, tu es davantage sensibilisé à la nature. Et je suis attaché à mes « chéries ».
Dans Limoges rouge sang, les conditions de travail de votre « autre » métier, donc commandant de police, sont plus présentes que dans le précédent roman. Vous parlez des policiers en uniforme, des rapports avec le juge des libertés et de la détention, des relations avec les élus...
Au-delà de la fiction de l'intrigue, il faut qu'il y ait quelque chose qui soit réaliste sur ce qui se passe, ou en tout cas sur ce qu'on vit. Je suis factuel sur le quotidien des policiers. J'essaie de faire œuvre de pédagogie en expliquant le métier, les règles juridiques qui s'imposent, comment fonctionne une enquête, quelles sont nos limites, et comment on vit avec. Il y a des lois, on ne peut pas tout faire. Au nom de l'État de droit, je trouve qu'il y en a qui s'en sortent très bien.
D'ailleurs, vous écrivez : « Les lecteurs de polar pensent que les policiers travaillent sur une grosse enquête, qui les épuise. Eh bien, non, ce sont des conneries »
Je pense qu'il faut faire tomber les préjugés, surtout à cause de certains discours politiques. C'est une façon de vulgariser le boulot au sens noble du terme, et de redorer le blason. Les policiers sont des gens normaux qui en prennent plein la gueule parfois, et qui sont appelés à se surpasser dans des moments où ils ne s'y attendent pas, où ils sont fatigués, où ils n'ont pas envie. En fait, ils sont malmenés. Pour être flic, il faut avoir une grande capacité pour résister à la frustration. Un flic, c'est un mec qui encaisse.
On est payé pour faire une mission, donc il faut qu'on fasse cette mission. Et si on franchit la ligne, si on décide de se mettre hors-la-loi, on le fait en toute connaissance de cause. Il y a un vrai sujet autour de la liberté, et ce qu'on peut tolérer. Mais nous ne sommes qu'un maillon de la chaîne.
Avec le suspense que vous posez dans les dernières pages, on a envie de connaître la suite. Etes-vous déjà sur l'écriture du prochain volet à Limoges ?
Il s'agit d'une affaire de cannibalisme avec un mystère autour d'une sirène dans la Vienne, et de jeunes font des fêtes qui dégénèrent à cause d'elle. Même s'il y a toujours du réalisme parfois cru et violent, les lecteurs vont retrouver quand même des pauses de poésie et des descriptions de Limoges, de la Haute-Vienne.
En dédicaces à Anecdotes à Limoges le 4 avril à 10h à 18h.
Limoges rouge sang Rémy Lasource Ed. Geste Noir 280 pages. 13,90€.



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