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« Agriculteur est d'abord un métier dont on doit pouvoir vivre dignement »

17h00 - 19 janvier 2026 - par Info Haute-Vienne
« Agriculteur est d'abord un métier dont on doit pouvoir vivre dignement »
Pose de la première pierre du bâtiment OmegaHealth : un équipement soutenu par la Région à hauteur de 22 M€ (© Région Nouvelle-Aquitaine)

En ce début d'année, Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a accepté de répondre à nos questions sur l'actualité nationale et régionale.

Si le budget n'est pas voté d'ici la fin du mois de janvier, la loi spéciale qui permet d'assurer la continuité de l'État, aura-t-elle des conséquences sur les missions et surtout les dotations pour la Région Nouvelle-Aquitaine ?

Comme toutes les collectivités, toutes les institutions et l'ensemble des citoyennes et des citoyens, nous sommes évidemment affectés par l'instabilité politique de l'État central. La bonne nouvelle concernant cette situation inconfortable, insupportable à certains égards, est que nous y sommes habitués, et que la Région n'attend pas le bon vouloir des bureaux parisiens pour avancer, tracer un chemin, faire des choix. Bien entendu, nous avons besoin de moyens à la hauteur de nos missions, de nos compétences. C'est en cela que je suis toujours de bonne volonté à l'égard des Gouvernements qui professent des chocs de décentralisation - c'est ce dont nous avons besoin. Sébastien Lecornu (N.D.L.R. : le Premier ministre) a fait mine de s'y intéresser, avant de rendre une copie décevante, ayant trait plus à la déconcentration qu'à la décentralisation. Qu'importe, notre budget adopté en décembre trace un chemin ambitieux et réaliste à la fois, renforçant nos fondamentaux. Il s'élève à 3,3 Md€.

Quelles sont les nouveautés 2026 en matière de TER ? (travaux, nouvelles rames commandées, nouveaux systèmes de vente de billets...). Et quid des « petites lignes » ?

La Région poursuit avec constance une politique ferroviaire ambitieuse, malgré un contexte budgétaire contraint et des compétences parfois mal définies, souvent mal partagées. Les investissements engagés portent à la fois sur les infrastructures, le matériel roulant et les services aux usagers. En outre, les travaux de modernisation et d'accessibilité se poursuivent, notamment à Limoges, l'une des plus belles gares régionales. S'agissant des lignes dites « petites », il faut rappeler une réalité souvent passée sous silence : les infrastructures ferroviaires relèvent de la responsabilité de l'État. Pour autant, la Région n'a jamais renoncé à soutenir le ferroviaire là où il est vital pour l'équilibre des territoires, investissant massivement hors compétence, comme sur la ligne Limoges-Poitiers. Parallèlement, le renouvellement et la modernisation des trains se poursuivent à l'échelle régionale, avec de nouvelles rames plus capacitaires et la rénovation du matériel existant. Enfin, l'année 2026 marquera une avancée concrète pour les voyageurs avec le déploiement de nouveaux outils de distribution de billets, renforçant l'autonomie régionale et l'intermodalité. C'est une même logique qui guide l'action régionale : fiabilité, accessibilité et égalité territoriale.

La Nouvelle-Aquitaine est la première région agricole française. Or, depuis quelques semaines, les agriculteurs sont en colère contre la gestion gouvernementale de la DNC, contre le Mercosur... Quelle est votre position ?

Ma première position est celle de l'empathie, du respect. L'agriculture est un métier de passion, mais c'est d'abord un métier dont on doit pouvoir vivre dignement. Les agricultrices et agriculteurs sont de moins en moins nombreux pour nourrir toujours plus de monde, dans un contexte d'endettement, de fortes contraintes économiques et de tensions géopolitiques accrues. Le sentiment de déclassement et de mise en accusation est réel, même s'il est souvent amplifié par le débat public. Les mobilisations sont légitimes dès lors qu'elles expriment cette détresse ; les violences et dégradations, elles, ne le seront jamais. Nous devons ainsi tenir une ligne de responsabilité : une gestion humaine des crises, mais fondée sur la science, qu'il s'agisse de santé animale ou du climat. L'agriculture est à la fois impactée par le dérèglement climatique et porteuse de solutions. Enfin, les échanges internationaux sont nécessaires, mais ils ne peuvent se faire au détriment de nos producteurs. Pas de concurrence déloyale : réciprocité des normes, clauses de sauvegarde et protection de nos filières sont indispensables. L'action régionale s'organise autour de quatre piliers clairs : simplifier, produire, protéger et innover.

Un colloque « Une seule santé » est prévu pour le 2e semestre 2026. Qu'en est-il de ce concept « One Health », notamment son déploiement en Haute-Vienne ?

Notre approche « One Health - Une seule santé » propose une lecture transversale et cohérente des enjeux sanitaires : santé humaine, animale et environnementale sont indissociables. Cette approche est devenue incontournable face à la montée des zoonoses, de l'antibiorésistance et des pathologies liées aux dégradations environnementales. La Région Nouvelle-Aquitaine a fait de cette démarche un axe structurant de son action, en l'inscrivant dans sa feuille de route Néo Terra et ses politiques de santé et de recherche. En Haute-Vienne, et particulièrement à Limoges, cette ambition se traduit concrètement par le développement de formations et de pôles de recherche reconnus, capables de croiser les disciplines et de produire des réponses opérationnelles. Je pense au bâtiment OmegaHealth porté par l'université de Limoges et accompagné par la Région à hauteur de 22 M€. Le colloque prévu au second semestre 2026 s'inscrit dans cette dynamique : il vise à diffuser cette culture commune, à décloisonner les acteurs et surtout à montrer que « Une seule santé » n'est pas un concept abstrait, mais une méthode d'action territoriale, au service de la prévention, de l'innovation et de la résilience collective.

Enfin, quels vœux formulez-vous pour les NéoAquitains en ce début d'année ?

Des vœux de confiance et d'apaisement, de lucidité et d'ardeur de l'autre. Nous vivons dans une fédération talents unique au monde, les territoires-unis de Nouvelle-Aquitaine ! Mesurons cette chance et œuvrons à poursuivre le travail accompli, au plus près des territoires.

Retrouvez dans nos pages dédiées à la formation, l'interview d'Alain Rousset sur ce thème.

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