On a lu pour vous Soeurs de Sang de Franck Linol
Avec Soeurs de Sang, Franck Linol signe son 20e roman. Entretien avec l'auteur.
Pourquoi avoir choisi une épigraphe extraite de Il n'y a pas de beaux jours pour mourir de Joël Nivard et avoir conservé le premier chapitre écrit par votre complice, parti trop tôt en 2023 ?
Au départ, ce roman était le quatrième d'une nouvelle « série » qui était en train de naître, avec le binôme des deux commissaires, Varlaud et Dumontel. Par fidélité, j'ai voulu achever ce projet.
Ce nouveau roman, c'est un peu un retour vers le futur car, en 2024, on avait laissé le commissaire Dumontel à la retraite...
C'est une histoire qui s'insère dans la série. Donc, on revient en arrière, à la suite de Mourir au soleil. Trois jours après son retour du Maroc, Dumontel est sollicité pour être directeur d'enquête lorsqu'on découvre un cadavre dans l'ancienne clinique de la rue Albert-Thomas à Limoges.
Victor Loing, l'un des personnages, écrivain de romans de gare, essuie beaucoup de refus d'éditeurs. Quand vous avez commencé à écrire des romans, avez-vous également reçu ces fameuses lettres « polies » ?
Bien sûr ! Pendant deux ans, j'ai reçu ces courriers des maisons d'édition de grande notoriété, disant que « votre manuscrit est intéressant mais il ne correspond pas à notre ligne éditoriale... ». La tradition veut qu'un éditeur qui s'intéresse à ton travail, te téléphone. Et j'ai reçu ce coup de téléphone de Geste deux ans plus tard.
Vous écrivez : « Les auteurs de polars sont tous des malades ! Frustrés de ne pas être des serial killers ou des flics. En tout cas, ce sont à coup sûr des maniaco-dépressifs ». Donc, vous êtes maniaco-dépressif ? (rires)
Non, je ne crois pas (rires). Mais je pense que j'aurais été intéressé pour rentrer dans cet univers de l'enquête, de l'énigme, repérer des indices...
Et vous continuez : « Les lecteurs de polars sont encore plus dingues ». Sympa pour votre lectorat ? (rires)
Les lecteurs de polars adorent les cadavres, les crimes, et bien sûr, ils sont encore plus dingues que les écrivains de polars ! C'est une attirance un peu macabre.
Comment connaissez-vous aussi bien les jujus et les réseaux de prostitution ?
Je me suis souvenu d'un documentaire sur la prostitution que j'avais vu il y a 15-20 ans, qui parlait de Limoges. Je l'ai demandé à l'INA. Il a grandement alimenté mon travail sur la façon dont se passait cet esclavagisme sexuel.
En filigrane de l'intrigue policière, vous traitez de deux thèmes importants que sont donc la prostitution poussée à l'extrême et les violences conjugales ?
Dans mes romans policiers, au-delà de l'intrigue criminelle, je témoigne, en quelque sorte, de problématiques sociétales. Depuis quelques années, la question des agressions psychologiques, physiques et sexuelles des femmes est enfin devenue indiscutable.
Pourquoi le titre Sœurs de sang ?
Le lecteur va suivre le parcours de deux jeunes femmes qui ont été piégées par des réseaux de prostitution. La première, une Bulgare, va être victime de la stratégie du « Lover Boy », qui fait en sorte que la jeune femme tombe amoureuse de lui. Il va lui promettre monts et merveilles pour aller en Europe. Lorsqu'elle est en confiance, il la livre, c'est le cas de le dire, à des réseaux de prostitution. La deuxième, une Nigériane, va se sacrifier. Elle sait pourquoi elle va en Europe, pour se prostituer, pour ramener de l'argent à la famille. Elle est poings et pieds liés parce qu'elle croit que le sorcier lui a jeté un sort et que si elle ne remplit pas cette mission, elle sera malade, elle va mourir ainsi que toute sa famille. Ces deux femmes qui se retrouvent à Limoges, dans des réseaux de prostitution, ce sont des sœurs de sang : ce sont des sœurs, d'une part, dans leur misère, dans ce qu'elles vivent, et des sœurs de sang parce qu'elles vivent des choses inoubliables.
Prochaines dédicaces à Limoges les samedis 7 mars de 10h à 19h à la librairie Anecdotes et 21 mars toute la journée au Super U Labussière.
Sœurs de Sang Franck Linol Ed. Le Geste noir 252p., 13,90€.



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