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« Toute modification du sein est un cancer jusqu'à preuve du contraire »

08h20 - 09 octobre 2023 - par Info Haute-Vienne
« Toute modification du sein est un cancer jusqu'à preuve du contraire »
Le Dr Joëlle Mollard, gynécologue obstétricien, est la nouvelle présidente de la Ligue contre le cancer 87

Du 1er au 31 octobre a lieu Octobre rose. Cette campagne annuelle met l'accent sur le dépistage du cancer du sein, celui-ci étant le cancer le plus fréquent en France et représentant la première cause de décès par cancer chez la femme. Interview du Dr Joëlle Mollard, gynécologue obstétricien, et nouvelle présidente de la Ligue contre le cancer de la Haute-Vienne.

Que pensez-vous de l'opération Octobre rose ?

C'est un rendez-vous qui s'est développé au fil des années avec tous les ans une mobilisation de plus en plus grande. Nous sommes fortement sollicités pour des manifestations de solidarité dans de nombreuses communes et dans des structures de santé, où des groupes de personnes et des associations organisent des actions pour récolter des dons qui seront reversés à la Ligue contre le cancer.

Quels sont les derniers chiffres nationaux liés au cancer du sein ?

En France, 1 femme sur 8 risque d'être atteinte. À l'échelon national, 61 214 nouveaux cas de cancer du sein ont été enregistrés en 2022. Il s'agit du premier cancer chez les femmes et de la première cause de décès par cancer.

En 2021, uniquement la moitié (50,6 %) des femmes concernées a participé au dépistage organisé du cancer du sein au niveau hexagonal, mais 60,8 % en Haute-Vienne et 54,4 % en Nouvelle-Aquitaine. En revanche, en 2022, seules 51,4 % des Haut-Viennoises (46,8 % des Néoaquitaines) ont été dépistées. Pourtant, le taux de survie nette standardisée à 5 ans des femmes diagnostiquées entre 2010 et 2015 est de 88 %. Ce pourcentage est d'autant plus élevé quand le dépistage a lieu à un stade très précoce, dit « infraclinique », c'est-à-dire qu'on ne le sent pas au palpage, et qu'il est juste visible à la radio. Malgré des récidives, on guérit une large majorité de ces femmes.

Existe-t-il un profil type ou cette pathologie peut toucher toutes les femmes ?

Le cancer du sein est plus fréquent entre 50 et 70 ans, période qui est visée par le dépistage radiologique organisé. Mais ma patiente la plus jeune avait 18 ans. Toute modification, une anomalie ou une boule sur un sein, c'est toujours un cancer jusqu'à preuve du contraire. Tout ce qui apparaît sur un sein n'est pas normal : une boule compacte, un petit creux, un écoulement, une modification du mamelon... Il faut dès lors consulter et faire une radio. Malheureusement, chez les femmes jeunes, on n'y pense pas : lors de la consultation, le stade est bien plus avancé.

La prévention est-elle envisageable ?

La Ligue contre le cancer promeut différents moyens de prévention, en agissant sur l'alimentation, la nutrition, le tabac... Avec une meilleure hygiène de vie, on pourrait éviter de nombreux cancers. Mais il n'existe pas de prévention spécifique pour le cancer du sein.

À la suite d'une chirurgie, est-il possible de retrouver une vie sociale et intime « comme avant » ?

C'est le but. Les traitements de chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie, sont de plus en plus efficaces mais ont toutefois un certain nombre d'effets secondaires. Nous essayons de pratiquer une chirurgie de moins en moins mutilante et très souvent, pour des petites tumeurs, on conserve le sein, même si on réalise encore 30 % de mastectomies. Ce qui ne signifie pas que le cancer est plus grave, cela dépend de sa localisation, sa diffusion... Si avant, nous effectuions des curages axillaires en ôtant 10 à 15 ganglions situés dans l'aisselle, dorénavant, avec le ganglion sentinelle, nous avons la possibilité de connaître le premier ganglion de la chaîne et de le prélever. Après analyse, s'il n'y a pas de cellule cancéreuse, cela signifie que les autres ganglions ne sont pas atteints et donc qu'il n'est pas nécessaire de les enlever.

Le curage axillaire est, encore actuellement, et même dans le milieu médical, l'objet de mauvaises informations ?

Avant quand on avait un curage axillaire, la vie s'arrêtait, ou tout du moins celle du bras. Il fallait dormir avec le bras surélevé avec un coussin, il ne fallait pas porter de charges lourdes... bref, il ne fallait pas se servir de son bras. Aujourd'hui, il a été démontré que se servir de son bras n'augmente pas le risque de faire un lymphœdème, appelé couramment « un gros bras ». La prise de poids, le surpoids ou l'obésité sont les seuls vrais facteurs de risque. Au contraire, il est nécessaire de faire du sport, et même du tennis ! Il ne faut rien s'interdire. On teste et la plupart du temps, tout se passe très bien.

À ce titre, le maintien de l'activité physique est clairement préconisé...

L'activité physique diminue le risque de cancer du sein et diminue également le risque de récidive. De plus, tous les traitements, chimiothérapie, radiothérapie et hormonothérapie, sont mieux supportés par les patients qui ont une activité physique adaptée, comme la marche par exemple.

Quels sont les ateliers ou les soins proposés aux patientes pendant et après la maladie afin que les femmes puissent rester femmes ?

Les hospitalisations sont de plus en plus courtes, souvent une journée, et c'est très bien. On s'installe finalement moins dans la maladie. La Ligue contre le cancer est là pour prendre le relais, notamment lors du fameux « coup de mou » quand elles vont se sentir « vides » car le tsunami de l'annonce de la maladie, le surbooking des rendez-vous... seront finis. Nous sommes présents pendant le traitement et après pour leur proposer toutes les aides possibles pour retrouver une vie normale, retrouver leur féminité avec des soins de support pour elles, leurs proches et les aidants.

Nous disposons d'ateliers gratuits de socioesthétique, de sophrologie dynamique, de yoga en groupe, de nutrition, de toucher bien-être, de réflexologie plantaire, de marche aquatique, d'activité physique adaptée, d'aquagym, de randonnée, de paddle-tennis, un atelier vocal et de mémoire, des consultations diététiques et de sevrage tabagique, ainsi qu'un soutien psychologique.

Contact : La Ligue contre le cancer de la Haute-Vienne : 23 avenue des Bénédictins à Limoges. Tel : 05.55.77.20.76 ou cd87@ligue-cancer.net. Site internet : www.ligue-cancer.net/cd87

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