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« Oradour, objets en héritage » : Entendre battre le coeur des victimes

21h10 - 18 avril 2023 - par Info Haute-Vienne
« Oradour, objets en héritage » : Entendre battre le coeur des victimes
Ont assisté à l'inauguration officielle : Fabrice Escure, le président du Centre de la mémoire d'Oradour ; Philippe Lacroix, le maire d'Oradour-sur-Glane ; Babeth Robert, la directrice du Centre de la mémoire (au pupitre) ; Benoît Sadry, le président

Au Centre de la mémoire, a eu lieu l'inauguration de l'exposition « Oradour, objets en héritage », visible jusqu'à la fin 2024. Quelque 200 objets sont réunis pour la première fois.

Des objets rouillés, noircis, déformés... Leur seule présence atteste le massacre perpétré le 10 juin 1944 par la division SS Das Reich à Oradour-sur-Glane. Tel un héritage, ils sont les stigmates de ce passé si douloureux que l'on porte en soi, qu'on se transmet pour ne pas oublier.

ARCHIVES

L'exposition est née à la suite d'un travail de recherches de l'ANR RUINES débuté en 2017, et du don en décembre 2020 des archives du Dr Pierre Masfrand, nommé par un arrêté préfectoral du 21 septembre 1944 « conservateur des ruines d'Oradour ».

Dès le mois d'octobre de cette même année, ce dernier a conçu le projet d'une « Maison du Souvenir » que devait accueillir la grange Hyvernaud, l'un des seuls bâtiments rescapés des flammes derrière l'église. Conservés au musée de Rochechouart puis légués à l'Association nationale des familles des martyrs d'Oradour-sur-Glane (ANFMOG) ou bien amassés dans des caisses en bois dispersées dans le village, ces objets n'ont été finalement exposés que le 10 juin 1963 dans la Maison du Souvenir puis, à partir de 1974 dans la crypte du Mémorial.

TRAJECTOIRE

Si les objets anonymes ont été soigneusement récupérés, ceux identifiables ont été rendus aux familles. D'aucuns sont devenus des reliques que l'on se passe de génération en génération : un portefeuille gardant les papiers d'identité de la victime, une alliance gravée, une poupée, un reste de lettre ensanglantée... Entretenus, parfois protégés dans des coffrets ou des boîtes du souvenir, encadrés et accrochés au mur, ils cristallisent les mémoires familiales jusqu'aujourd'hui.

« Au fur et à mesure de notre travail, nous nous sommes aperçus combien les objets étaient précieux car ils sont des ''témoins'' du massacre en le matérialisant. Leur accumulation traduit notamment le massacre de masse, avec 643 victimes tuées en même temps. Les corps apparaissent à travers eux, certains ayant été récupérés sur les lieux d'exécution, créant un contact personnel et intime », explique Babeth Robert, la directrice du Centre de la mémoire.

OBJETS DE VIE OBJETS DE MORT

Une assiette, portant encore des traces de feu, a été prêtée par un membre d'une famille de victimes. Elle a été récupérée dans les ruines de la maison familiale par une survivante du massacre qui l'a ensuite transmise à sa fille. Elle a été tantôt exposée dans sa cuisine, tantôt conservée dans une boîte en carton rangée bien à l'abri.

De même, des chenets ont été récupérés par un survivant dans des ruines, puis transmis à sa fille qui les a conservés et qui les utilise dans la cheminée de son actuelle maison. La propriétaire précise : « Ils sont comme ils m'ont été donnés ».

Lampes à pétrole, fers à repasser, réveil, montres à gousset, pupitres, encriers, dés à coudre, couverts, jouets... Quelque 200 objets ont ainsi été sélectionnés.

SCÉNOGRAPHIE SOBRE

Afin de mettre en valeur le contenu des vitrines, la scénographie se veut extrêmement épurée même dans son jeu de lumières : « Nous avons opté pour deux partis pris : la sobriété afin de laisser la parole aux objets et s'effacer car ils ont beaucoup à nous dire, avec peu de textes et de cartels inutiles, juste quatre grands panneaux à la fin de chaque partie ; et en second lieu, une discrétion qui permet au visiteur de faire son expérience sensible, relevant de l'intime et du personnel, avant celle intellectuelle », décrypte la directrice.

TRANSMISSION MÉMORIELLE

Lors de l'inauguration, durant laquelle chacun n'a pas manqué de rendre un hommage appuyé à Robert Hébras, Benoît Sadry, le président de l'association nationale des familles des martyrs d'Oradour-sur-Glane, qui pour la troisième fois apporte son concours à une exposition, a confié : « J'ai mis longtemps à trouver le sens de ces objets dans la transmission mémorielle. Ils pouvaient être ces vestiges d'un autre temps que l'on trouve lors des Puces. Puis il y a eu l'exposition ''11 septembre 2001, 2976 victimes'' sur les attentats au World Trade Center... Ces objets qui racontent le quotidien des habitants restent la mémoire de la souffrance de ces femmes, ces hommes et ces enfants disparus ».

Entrée : 2 €. Billet couplé avec l'exposition permanente : 9 €. Renseignements : 05.55.430.430 ou www.oradour.org

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