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Écrans : et si on déconnectait ?

21h30 - 28 janvier 2023 - par Info Haute-Vienne
Écrans : et si on déconnectait ?
Difficile d'estimer la surconsommation entre le temps utile et le temps de dépendance

Février pourrait être le mois de la déconnexion avec la Journée internationale sans téléphone mobile et la Journée internationale sans Facebook, alors que la population, toute génération confondue, est de plus en plus dépendante aux écrans.

«Tu as un portable greffé à la main ? ». Si cette question concernait encore il y a quelques années les adolescents, elle s'adapte maintenant parfaitement aux adultes. Un mot a même été créé : Nomophobie. Quézako ? Il s'agit de la peur excessive éprouvée à l'idée d'être séparé de son téléphone portable. Elle se traduit également par l'inquiétude de ne pas pouvoir se servir de son smartphone, à cause d'une panne de batterie ou d'un problème de réseau ou de wifi. Les ados et les jeunes adultes sont les plus touchés. Les personnes qui ont dû mal à décrocher de leur travail ont aussi tendance à utiliser constamment leur portable afin de ne pas manquer une information ou pour faire preuve de réactivité.

Chaque jour, les Français consultent leur mobile en moyenne 3 heures et 33 minutes. De plus, 95,1 % des Français âgés de 16 à 64 ans utilisent un portable et 79.5 % possèdent un ordinateur.

La Journée internationale sans mobile, qui a lieu le 7 février, serait peut-être l'occasion de faire ce que d'aucuns appellent une « cure détox » et d'enfin « lâcher » son téléphone !

Réseaux sociaux

La moitié du temps passé sur son téléphone est consacrée aux réseaux sociaux. C'est étonnamment moins que les années précédentes, en raison de l'essor de la catégorie « vidéo et divertissement ».

À ce titre, le 28 février, les adeptes des « réseaux » seront bien malheureux s'ils respectent la Journée internationale sans Facebook, qui est le réseau social le plus utilisé dans le monde avec 2,958 milliards d'utilisateurs actifs mensuels en 2023 et 1,984 milliard d'utilisateurs actifs journaliers en octobre 2022. En France, l'an passé, Facebook a totalisé 40 millions d'utilisateurs actifs mensuels et 47,9 millions de visiteurs uniques par mois. Si Facebook perd des parts de marché dans l'Hexagone chez les moins de 18 ans, il continue à recruter chez les plus âgés.

CERJeP À LIMOGES

À Limoges, le Centre Expert Régional du Jeu Pathologique (CERJeP) est une unité du Pôle d'addictologie en Limousin du centre hospitalier Esquirol. Il prend en charge, en outre, les addictions liées aux écrans comme les jeux vidéo, dont la pratique doit rester un plaisir contribuant au bien-être de l'individu. Ces moments peuvent apporter des temps de détente, d'excitation, de contrôle de soi, de stimulation intellectuelle, d'apprentissage. Cependant, une minorité de joueurs peut en avoir un usage abusif, voire une incapacité à contrôler le jeu.

L'addiction aux jeux vidéo n'a été reconnue comme une maladie qu'en 2018 par l'OMS. La dépendance psychique se manifeste par des symptômes, décrits par le psychiatre américain Aviel Goodman dans sa définition des addictions comportementales, comme une incapacité à contrôler le jeu, un besoin de le poursuivre en dépit des conséquences négatives, une envie persistante de jouer, un soulagement quand on a joué. Tous ces symptômes vont occasionner des dommages sur le plan social, familial, scolaire ou professionnel.

Cyber addiction

Aujourd'hui, l'utilisation d'internet comme un outil est devenue incontournable aussi bien dans la sphère professionnelle que privée. Elle est d'autant plus facilitée que les supports sont variés : ordinateurs, tablettes, smartphones...

À ce jour, les spécialistes ne sont pas toujours d'accord pour définir une dépendance à l'utilisation d'internet. Toutefois certaines caractéristiques pourraient suggérer une dépendance telle qu'un usage compulsif avec perte de contrôle de son utilisation, une augmentation du temps passé sur l'ordinateur (durée d'utilisation minimisée), l'ordinateur comme seul centre d'intérêt, stress et nervosité quand la personne n'a pas accès à internet ou essaie de réduire son temps d'utilisation, le mensonge pour ne pas reconnaître l'utilisation faite d'internet et/ou le temps passé, le maintien de ce comportement malgré les conséquences négatives.

Les dommages peuvent prendre, entre autres, la forme d'un repli sur soi, internet devenant le centre d'intérêt principal, la sphère amicale et sociale se réduit à un réseau social virtuel plus valorisant ; d'une perturbation du rythme jour/nuit avec l'apparition de problèmes alimentaires, de fatigue, de troubles de la vision ; de l'apparition d'échecs scolaires ou de difficultés professionnelles. Il n'est pas rare d'observer des signes de comorbidité comme l'usage d'alcool ou de drogues ainsi que des troubles de l'humeur/de l'anxiété, ou des troubles de la personnalité (bipolarité ou schizophrénie).

Au CERJeP, Céline Larrart, conseillère en économie sociale et familiale, note la difficulté à estimer la sur-consommation ou « le temps important » : « Nous réalisons une évaluation avec eux pour voir les répercussions qu'il peut y avoir sur la scolarité, sur la vie personnelle, sur le sommeil... Puis, nous menons une réflexion sur les raisons : pourquoi j'y passe autant de temps ? Pour pallier l'ennui ? Par besoin d'être stimulé ? L'écran est bien souvent le symptôme d'autre chose, d'un mal-être plus profond ». Lors des consultations, nombre de jeunes voire des mineurs viennent accompagnés des parents, à qui il est proposé d'être reçus en groupe ou un suivi individuel, afin de réinstaller des règles pour éviter la poursuite des addictions à l'âge adulte.

Narcissisme

Chercher toujours plus de likes et de commentaires sur leurs publications... Certaines personnes en deviennent dépendantes et finissent par créer un personnage fictif qui ne correspond pas à la réalité. Les professionnels parleront alors de « narcissisme numérique », les réseaux étant des lieux de spectacles sociaux dans lesquels le moi est le principal protagoniste, affirmant : « Nous vivons à une époque où l'égocentrisme est fort, notamment dans les médias numériques. Preuve en sont les milliers et les milliers de selfies, de posts de voyage, de repas ou d'achats en tous genres dont nous sommes les stars en échange de likes, de followers et de commentaires. C'est la magie de l'interaction. Ce petit effet qui procure un certain bien-être, même si ce n'est que pour quelques secondes ».

Cette pratique ne date pas de l'ère du tout numérique : en 1959, le médecin psychiatre et psychanalyste Jacques Lacan a inventé et utilisé le concept d'extimité, pour désigner ce qui pousse chacun à montrer une partie de sa vie intime, tant physique que mentale.

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