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Dissuasion nucléaire : « En 30 minutes, à 11 000 kilomètres, 1 200 fois Hiroshima »

07h00 - 24 novembre 2022
Dissuasion nucléaire : « En 30 minutes, à 11 000 kilomètres, 1 200 fois Hiroshima »
« La France est prête car son outil est très professionnel et le mieux entraîné en Europe »

Originaire de Limoges, l'amiral Alain Coldefy était de passage dans sa ville natale pour animer une conférence sur « La stratégie européenne dans les conditions actuelles de la guerre en Ukraine », à l'invitation de la Société des membres de la Légion d'honneur de la Haute-Vienne, dont il est le président national.

Le thème de votre conférence porte sur la stratégie européenne face à la guerre en Ukraine. Quelle est-elle justement ?

En premier lieu, l'Union européenne veut exister entre les deux grands, entre la Chine et les États-Unis. Si elle a des atouts, comme le régime des sanctions adopté sans encombre, elle demeure un peu faible collectivement en matière militaire, ce qui rend difficile son positionnement par rapport à ce conflit, où ce sont les Américains qui donnent le tempo.

La stratégie a-t-elle évolué depuis le mois de février dernier ?

L'Europe s'est construite sur le traité de Rome, qui est un traité économique. Puis, elle s'est développée tout en négligeant ce qui était du domaine de la Défense, jusqu'au traité de Lisbonne, et la création de l'agence européenne de défense. Même s'il y a davantage d'armées en Europe qu'aux États-Unis, demeure la question de l'armement. Dispersées, parcellisées, nos armées n'ont comme seule cohérence d'appartenir à l'OTAN, qui est une « machine de guerre » depuis 73 ans. Les pays, notamment les petits États européens, ne sont pas tentés de mettre leurs outils militaires ailleurs. Mais l'OTAN, qui est un gage de sécurité, ce sont les États-Unis.

La guerre en Ukraine a-t-elle révélé des faiblesses françaises ?

La France est prête car son outil est très professionnel grâce à de nombreuses opérations, et le mieux entraîné en Europe à cause des guerres au Mali, en Irak, en Afghanistan... Mais si nous comparons cet outil avec une équipe de foot, on peut dire que s'il y a un blessé, il n'y a pas de remplaçant. Si le goal est tué, il n'y a plus de goal. Tant dans l'armée de l'air, de terre que la Marine, nous avons une équipe de première ligne parfaite mais nous n'avons pas de réserve. Depuis trente ans, on a laminé les budgets Défense, par choix politique, au profit de l'Éducation, de la Santé...

Ancien « Pacha » du porte-avions Clemenceau, et ancien adjoint du chef d'état-major des Armées, pensez-vous que la France soit prête face aux menaces nucléaires de Vladimir Poutine ?

Nous sommes prêts. Si jamais le Président de la République décidait d'employer la dissuasion nucléaire, il appuie sur le bouton et en 30 minutes, à 11 000 kilomètres, il y a 1 200 fois Hiroshima avec un seul sous-marin nucléaire. Poutine ne peut pas envahir la France. En revanche, il peut être mêlé à des affrontements en Europe centrale.

Vous avez dit plusieurs fois que la guerre en Ukraine était une guerre moderne. Qu'est-ce que cela signifie ?

Menée par les militaires depuis une vingtaine d'années, la guerre moderne est multiforme, ce qui n'est qu'un des éléments d'une politique, outre la diplomatie et l'économie. Elle utilise tous les moyens (chars, avions...) avec également des cyberattaques, et l'espace pour la surveillance/la transmission. Sans omettre les drones dont les ancêtres sont les ballons dirigeables de la première guerre mondiale. La désinformation est pratiquée à grande échelle... D'ailleurs elle l'a toujours été : Churchill était le roi de la désinformation. Mais les Russes s'y adonnent de façon importante.

L'arrivée de l'hiver va-t-elle modifier la donne ?

Non, je ne crois pas. Nous sommes dans une guerre de position, et non de mouvement, où les Ukrainiens sont très bien équipés par les forces occidentales.

Vous êtes le président national de la Société des membres de la Légion d'honneur. Aujourd'hui, certains ont l'impression que la Légion d'honneur est donnée à tout le monde. Comment réagissez-vous ?

Dans la plus haute dignité, elle est attribuée à 1 Français sur 1 million. On pourrait en avoir 125 000 suivant la loi, et pourtant il n'y a que 80 000 décorés en France sur 70 millions d'habitants. Donc, elle n'est pas donnée à n'importe qui. En fait, les Français sont attentifs à deux éléments : les étrangers, qui ne sont pas membres de l'Ordre, et les sportifs. Le choix est difficile et tous les dossiers sont étudiés avec soin.

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