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Un road-movie émouvant

07h00 - 23 novembre 2022
Un road-movie émouvant
Rémy Lasource et Kevin Ossona ont participé à l'avant-première à Limoges

Adapté du livre du Limougeaud Rémy Lasource, Du crépitement sous les néons est réalisé par FGKO. Kevin Ossona, l'un des réalisateurs, et l'auteur-policier étaient présents à l'avant-première à Limoges (sortie nationale le 16 novembre).

Comment est né le projet Du crépitement sous les néons ?

Kevin Ossona : Fabrice Garçon (N.D.L.R. : le FG de FGKO, l'autre réalisateur) lit énormément. Il puise « nos » inspirations dans les livres. Après Voyoucratie, on a écrit plusieurs scénarios mais beaucoup s'éloignaient de notre univers urbain, en marge de la société, avec des destins brisés. Du crépitement sous les néons nous a emballés car il est très documenté. Et nous cherchions une plume, comme Rémy Lasource. Au-delà de l'histoire d'amour, il y a une promesse de voyage, de liberté... Comme nous venons de la publicité, nous avons besoin de « visuel » et l'écriture de Rémy est très cinématographique, car il met des images sur ses écrits.

Pourquoi avoir choisi Jérémie Laheurte et Tracy Gotoas pour incarner Yann et Dara ?

K.O. : Pour Yann, nous voulions un beau gosse alors qu'on pourrait imaginer quelqu'un de dépravé. Dans le cinéma français, on peut faire jouer de belles gueules comme un Ryan Gosling. Avec Fabrice, nous avions repéré Jérémie dans La Vie d'Adèle. Nous avons tout de suite vu qu'il était bourré d'énergie, qu'il attirait la lumière. Pour Du crépitement sous les néons, il a pris 20 kg de muscles. Il a cru au projet et a été avec nous depuis les prémices en 2018. D'autant que c'était la première fois qu'on lui proposait un vrai premier rôle. Pour Dara, nous rêvions de dénicher une Nigérienne pour utiliser son vécu, son histoire... Puis le Covid est passé par là. Dans L'Horizon, je l'ai trouvée naturelle. Elle ne joue pas, elle « est ». Et dès la première scène de Du crépitement sous les néons, elle est incroyable !

L'histoire d'amour entre Yann et Dara est moins présente dans votre film...

K.O. : Dans le livre, il y a deux histoires : celle d'un jeune de banlieue qui va extraire une jeune femme d'un réseau de prostitution ; et celle de la fuite et de l'histoire d'amour. Pour le scénario, nous avons un peu transformé l'histoire en conservant notre univers avec des éléments plus cinématographiques.

Rémy Lasource : Malgré eux, ils ont eu envie de réaliser une tragédie moderne, de décrire en détail l'organisation criminelle. Nos univers se chevauchent mais sont différents. Moi, je suis « un poète les pieds dans la merde ». Ils ont accentué combien Yann était « pris de tous côtés » alors que dans mon livre, c'est juste un jeune un peu naïf, un gamin qui veut sauver Dara de façon presque chevaleresque...

Pour davantage de réalisme, vous avez travaillé avec l'association MIST...

K.O. : En effet, MIST vient en aide aux victimes de la traite des êtres humains dans le milieu nigérian. Ils font des maraudes, vont au contact de ces filles pour les extirper des réseaux, porter plainte contre les proxénètes, ils les mettent en lien avec des avocats.

R.L. : Souvent, les « mamas » gèrent ces réseaux. Ce sont d'anciennes prostituées qui après avoir payé leur dette se reconvertissent en proxénètes. Elles gardent les « jujus » issus des rites vaudous : dans un linge blanc, elles placent des ongles, des poils pubiens. Elles sacrifient un animal. Les jeunes femmes prêtent serment d'obéissance à la mama, qui détient le pouvoir. Finalement, quand en audition, les policiers leur affirment détenir leur juju, elles sont soulagées.

Vous avez dû vous « restreindre » dans la réalisation ?

K.O. : Nous avions plus de 100 scènes à tourner en 25 jours. Le tournage s'est fait dans des conditions difficiles avec beaucoup de décors et un nombre important de séquences à rentrer chaque jour. Pour ce film, on était clairement sur du cinéma guérilla. L'économie limitée du film (1M€ à 1,3M€ au lieu des 2,4M€ à 2,8M€ budgétés) nous a obligés à jouer avec les contraintes et trouver des compromis artistiques. Mais nous espérons que grâce à Du crépitement sous les néons, nous allons monter une marche et être plus « rassurants » pour les sociétés de production. Je suis fier de ce qu'on a réussi à faire.

Est-il vrai que vous avez refusé que le film soit directement diffusé sur une plateforme ?

K.O. : Je suis un fou de cinéma. Donc que notre film passe directement sur une plateforme ne m'intéresse pas. Ça aurait été très frustrant alors que nous nous sommes battus pour qu'il soit en salles. On en espère 50 ou 100. Nous avons besoin de gros circuits pour que le film vive...

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