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Le sport dans la tourmente

09h00 - 24 février 2021
Le sport dans la tourmente
Des buts gonflables pour jouer au hand en extérieur - ©

Le constat est glaçant, notre région accuse une chute vertigineusedu nombre de licenciés dans les clubs sportifs. Les championnats amateurs étant suspendus, les dirigeants redoublent d'énergie pourproposer des pratiques alternatives, à l'extérieur.

L'enquête menée par le Comité Régional Olympique et Sportif de Nouvelle Aquitaine révèle que plus d'un quart des sportifs amateurs de la région n'a pas renouvelé sa licence. « En décembre dernier, notre territoire accusait une perte de 291 574 licenciés, soit 26 % des effectifs des clubs », constate son président Philippe Saïd. La fermeture des salles de sport et l'arrêt des compétitions amateurs dès l'automne ont gelé les inscriptions des licenciés, inquiets « de payer pour rien ». C'est notamment le cas de la lutte qui affiche une perte de plus de 65 % de licences ou du hockey-sur-gazon, qui a vu fondre la moitié de ses pratiquants.

Privés de bassins depuis la mi-octobre, les nageurs rongent leur frein, notamment ceux du club des Dauphins Aixois, qui n'ont pu profiter de la piscine municipale que durant une semaine. « Nous avons proposé des séances de préparation physique en extérieur, mais il est difficile d'attirer des adhérents sans pouvoir leur offrir ce qu'ils sont en droit d'attendre d'un club de natation », déplore Pascal Gabriel, le président. Le club s'est donc concentré sur ses compétiteurs et vogue au gré des directives gouvernementales. « La mairie a été très réactive pour ouvrir, dès que cela est redevenu possible, des créneaux aux mineurs, avant que tout s'arrête de nouveau. C'est une situation très difficile à vivre », avoue Pascal Gabriel, dont le club accuse une baisse de 68 % de ses licenciés. Dans ce marasme, il tente de garder le contact avec ses nageurs. « Certaines familles ayant plusieurs enfants licenciés souhaitent un remboursement, mais ces adhésions servent à compenser les charges fixes du club et à payer les licences fédérales », ajoute-t-il.

INCERTITUDE PESANTE

Comme pour la plupart des disciplines d'intérieur, les dirigeants départementaux de la natation cherchent des solutions alternatives, en extérieur. « Nous réfléchissons à développer les stages d'apprentissage de la natation en eau naturelle », lance Cécile Roussin, la présidente du comité départemental de la Haute-Vienne. Le département jouit déjà d'une forte expérience de l'eau libre, notamment dans le lac de Saint-Pardoux. « En septembre, nous organisons une compétition avec Limoges Triathlon, en proposant notre compétence de la sécurité sur l'eau ».

Mais la première préoccupation de Cécile Roussin concerne l'apprentissage de la nage pour les enfants. « Pour l'heure, seuls les nageurs de haut niveau, les futurs éducateurs et les personnes souffrant de pathologies ont accès à la piscine. L'apprentissage en milieu scolaire est suspendu et cette absence d'activité pèse de plus en plus sur les familles, sans parler du risque de noyades cet été », déplore-t-elle. La présidente départementale ne baisse pas les bras pour autant. « Nous avons des bénévoles passionnés qui essayent de maintenir les projets, mais ce n'est pas simple, car nous passons notre temps à faire et défaire les plannings au gré des directives gouvernementales, en ajustant la logistique des compétitions aux consignes sanitaires », précise-t-elle.

PRIVILÉGIER L'EXTÉRIEUR

Sport d'intérieur par excellence, le handball est également impacté par la fermeture des gymnases. Pour tenter d'endiguer la chute de ses effectifs, notamment dans les écoles de hand, la fédération française incite les clubs à développer les activités alternatives sans contact. « L'an dernier, le comité a investi dans des kits de handball à quatre, qui se pratique en extérieur, sur des terrains plats de 20 m². Nous envisageons d'organiser une tournée dans les clubs du département afin de renouer le lien avec nos licenciés. Nous allons également promouvoir le beach handball, pour profiter de l'arrivée des beaux jours », annonce Jérôme Couvillers, le président du CD87. Les premières démonstrations sont encourageantes, l'activité plaît beaucoup aux jeunes.

L'ÉQUITATION PRÉSERVÉE

Au-delà de la baisse des licenciés, le président départemental redoute surtout la démotivation des bénévoles, véritables chevilles ouvrières de nombreuses associations, notamment dans les petites communes. « Malgré nos efforts de communication, le lien associatif est en train de se déliter, surtout en zone rurale », regrette-t-il. Un phénomène accentué par la mise en place du couvre-feu à 18 heures.

A contrario, certaines disciplines comme le cyclisme, le tir ou l'équitation parviennent à tirer leur épingle du jeu. « Le milieu équestre a su diversifier ses activités en développant l'aspect ludique de l'apprentissage et en modifiant le relationnel avec les chevaux, qui sont désormais considérés comme des compagnons capables d'apporter du rêve. Les compétitions amateurs ont été suspendues, mais les centres équestres sont autorisés à poursuivre les cours. Sur le cheval, les cavaliers sont dispensés de porter le masque, car ils respectent les distances de sécurité », observe Carine Dubois, la présidente du comité de la Haute-Vienne. La dégradation des conditions météo n'a pas douché l'enthousiasme des cavaliers. De quoi rassurer ces petites structures, qui conservent une activité soutenue, y compris en semaine, grâce aux groupes scolaires ou centres de loisirs, ce qui contribue également à démocratiser la discipline.

LUEUR D'ESPOIR

Cette chute des licenciés va également entraîner une importante baisse des ressources des fédérations. « En mars dernier, le monde sportif a regretté les paroles malheureuses de sa ministre, qui a estimé que le sport n'était pas prioritaire. Nous en avions certes conscience, mais les bénévoles, qui ont mis un point d'honneur à strictement appliquer les mesures sanitaires, l'ont très mal vécu. Heureusement que depuis, les pouvoirs publics ont entendu les doléances du Comité National Olympique et Sportif et accordé des aides pour les salariés privés d'activité », note Philippe Saïd, se félicitant également de l'écoute des collectivités locales qui ont maintenu le niveau des subventions accordées aux clubs.

Il reste donc optimiste sur l'avenir : « Nous devons tirer les leçons de cette crise, en adaptant nos activités afin de rassurer les pratiquants sur l'absence de risques et attirer de nouveaux dirigeants pour montrer aux autorités qu'elles pourront continuer à compter sur le monde associatif pour renouer le lien social et surtout inviter nos concitoyens à se remettre au sport ».

Cet été, le CNOSF va lancer une grande campagne de communication pour inciter à la pratique du sport dans les clubs.

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