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Jean-Pierre Bouchard

16h00 - 27 janvier 2021
Jean-Pierre Bouchard
« Le narcissisme et l'égocentrisme caractérisent incontestablement beaucoup d'usagers » - ©

Docteur en psychologie et en droit, Jean-Pierre Bouchard décrypte ce phénomène grandissant des réseaux sociaux, dont l'usage peut être une addiction pour certains utilisateurs.

Comment expliquez-vous l'ampleur prise par les réseaux sociaux ?

Cette ampleur s'appuie sur l'extraordinaire développement du réseau informatique mondial qu'est Internet, et sur la multiplication des outils numériques. Les possibilités de connexion sont de plus en plus faciles, n'importe quand, sur des territoires toujours plus nombreux. Elles sont à portée de main et de cerveau chez soi, au travail et ailleurs avec les ordinateurs, les tablettes. Elles sont sur soi, dans la poche ou le sac à main avec les smartphones. Cette facilitation technologique est la première explication de l'ampleur prise par l'utilisation des réseaux sociaux. Les facteurs psychologiques sont la seconde. Les gens ont envie de se connecter, d'échanger avec des personnes qu'ils connaissent ou avec des inconnus. C'est aussi pour certains l'occasion ou l'illusion d'exister auprès d'un grand nombre de personnes. Le cumul facile des amis et des échanges virtuels favorise pour beaucoup leur accrochage à ces réseaux.

Y voyez-vous une forme de narcissisme 2.0 ? et de voyeurisme ?

Le narcissisme et l'égocentrisme caractérisent incontestablement beaucoup d'usagers qui versent régulièrement dans les mises en scène plus ou moins habiles d'eux-mêmes et de leurs vies. Le voyeurisme, à des degrés divers, de ce que montre l'autre est le pendant de ce goût à s'exposer, à s'exhiber. Si la technologie est nouvelle, les ressorts humains de la fréquentation des réseaux sociaux ne le sont pas. Ces derniers sont simplement plus visibles, amplifiés.

Quels en sont les dangers ?

Sans nier l'intérêt des réseaux sociaux, il faut souligner les risques multiples liés à leur usage. Leur fréquentation importante réduit d'autant plus le temps de travail, en famille, à étudier, à gérer son quotidien, etc. Cela peut être une source d'isolement dans le virtuel. La divulgation non maîtrisée de données personnelles peut également avoir des effets dommageables. Tous les internautes ne sont pas bien intentionnés. Les risques de manipulation, de pression, de cyberharcèlement, d'injure, de diffamation ou de relations conflictuelles sont récurrents. Ces pratiques peuvent conduire leurs auteurs devant la justice.

Peut-on parler d'addiction, comme pour le jeu ? Quand doit-on s'inquiéter ?

La dépendance aux réseaux sociaux est une forme de relation pathologique à Internet. Cette pratique excessive peut être rapprochée des addictions sans substance. Il faut s'inquiéter si l'envie d'utiliser un ou plusieurs réseaux sociaux est irrépressible ; quand leur fréquence d'utilisation est abusive, croissante, non contrôlée au détriment d'autres activités ; en cas de poursuite d'utilisation des réseaux sociaux malgré des conséquences préjudiciables ; et si leur fréquence d'utilisation est augmentée pour maintenir les mêmes effets psychologiques. Selon ces critères, propres aux addictions, bon nombre de personnes devraient être vigilantes, s'inquiéter pour elles-mêmes ou pour des proches. De plus en plus de psychologues formés aux thérapies cognitives et comportementales prennent en charge ce type de problème. Ainsi, les addicts peuvent être accompagnés pour passer d'un usage souvent émotionnel et non maîtrisé des réseaux sociaux à un usage contrôlé, voire à un sevrage bénéfique. Comme tous les outils, ces réseaux peuvent être utilisés à bon ou à mauvais escient. L'éducation 2.0 est plus que jamais un enjeu de première importance.

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