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« L'écriture est un espace de liberté »

08h00 - 31 octobre 2020
« L'écriture est un espace de liberté »
Les romans du Corrézien Franck Bouysse ont été couronnés de nombreux prix (© Mathieu Bourgois/Opale/Éditions Albin Michel) - ©

Après Né d'aucune femme, Franck Bouysse propose son dernier ouvrage Buveurs de vent, qui a été élu n° 1 du Palmarès des libraires par Livres Hebdo, et qui est sélectionné pour le Prix Jean Giono 2020, dont le lauréat sera proclamé le 17 novembre.

Pourquoi avoir choisi la vallée du Gour Noir comme décor pour ce nouveau livre ?

Ça m'est tombé dessus sans prévenir lorsque j'étais à la pêche avec mon fils face au viaduc. Mon père m'y emmenait également. Ce lieu ravive des souvenirs d'enfance.

Pourquoi ce titre, pourquoi Buveurs de vent ?

Quand je débute un livre, j'ai toujours le titre, ça m'inspire. J'ai imaginé Marc, Mathieu, Mabel et Luc en train de « boire le vent », avec les quatre cordes suspendues dans le vide : trois voient l'horizon, et le dernier voit même au-delà...

Comment avez-vous construit la personnalité de Marc, Mathieu, Mabel et Luc ?

Je ne construis pas, les choses s'imposent. J'écoute la voix des personnages qui déterminent ce qu'ils sont. Je les ai découverts au début du livre de façon impromptue. Les personnages arrivent comme ça, ils se déterminent d'eux-mêmes. Quand j'ai commencé à écrire, je n'avais qu'un viaduc et une rivière. Dans mes livres, il y a toujours un personnage qui décide de contrarier le destin, comme Joseph dans Glaise, Rose dans Né d'aucune femme... C'est un peu mon histoire.

Certains autres personnages sont très noirs, comme Joyce ?

Je ne crois pas aux personnages tout noirs ou tout blancs, mais plutôt à des nuances de gris. Joyce est l'archétype des grands fondateurs. Aux États-Unis, ces derniers voulaient fonder quelque chose, une ville... et finalement ils ont disparu, sans passé, sans avenir. D'ailleurs, à la fin de l'histoire, on ne sait pas ce que Joyce, qui est un mégalo, va devenir... Puis, il y a des personnages hauts en couleur, comme Julie Blanche ou Elie le grand-père, qui manient l'humour voire le burlesque.

Cette ville, cette vallée, ce bar pourraient tout à fait trouver leur place dans un western...

C'est un mélange d'onirique, d'épique, avec en effet une sorte de shérif... À y réfléchir, un western peut tout aussi bien valoir une tragédie grecque. En fait, le livre parcourt de bout à bout mon amour pour la littérature. Je savais que je lirais toute ma vie. À 14 ans, je rêvais d'écrire des histoires sans penser qu'un jour, j'aurais des mots à moi dans un livre. J'ai dévoré Moby Dick, L'Ile au trésor, L'Iliade et l'Odyssée... qui ont plusieurs niveaux de lecture, qui parlent d'insoumission, de liberté. Je suis admiratif de Jean Giono, de William Faulkner... qui proposent une littérature par le petit bout de l'entonnoir.

Après l'énorme succès de Né d'aucune femme, aviez-vous l'impression d'être attendu au tournant ?

Pourquoi attendu au tournant ? J'ai fait le livre que je voulais faire et je ne me suis jamais réellement posé la question. L'écriture est un espace de liberté. Et j'avais déjà écrit Buveurs de vent lors du succès de Né d'aucune femme. Puis, il n'y a rien de pire qu'un lecteur qui attend quelque chose, il doit juste rentrer dans l'histoire. Les lecteurs qui n'ont pas trouvé à s'attacher s'attendaient certainement à s'identifier à quelqu'un proche de Rose.

Buveurs de vent, Franck Bouysse. Ed. Albin Michel. 392p. 20,90€.

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