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Le cinéma au cinéma : une aussi longue absence ou de… ''L'éclipse'' à ''Délivrance''

11h10 - 15 juin 2020
Le cinéma au cinéma : une aussi longue absence ou de… ''L'éclipse'' à ''Délivrance''
Bruno Penin, directeur des Grands Écrans : « L'important était de pouvoir redémarrer… » - © Bruno L. Béziat

Foyers de propagation du 7e Art, les 28 salles des Grands Écrans Centre et Ester vont rouvrir à feu doux et précautionneux le 24 juin. Pour ''Le Lido'', on attendra un peu… Allégées mais confirmées, les 5es ''Rencontres'' se développeront du 4 au 11 octobre.

A guichets... fermés !... Une première : cent jours sans cinéma en salles : dans un pays qui a encore amélioré son record de fréquentation l'an passé avec 213 millions d'entrées, la suspension de séances motivée le 14 mars par la propagation de la Covid-19 a pétrifié tout un secteur d'activité, et désarçonné tout un public*.

Closed ! Cette crise sanitaire, et le strict confinement généré, a affecté toute la filière, de la production à l'exploitation, figeant développements des projets, tournages, post-productions, festivals. Cette trêve imposée a fait de nombreux malheureux : les cinéphiles, bien sûr, privés d'une nourriture intellectuelle ou distractive, et les milliers de techniciens, actrices et acteurs, cinéastes, musiciens, et personnels divers (designers, programmateurs, publicistes, attachés de presse, les 15.000 personnels des cinémas dont 48 à Limoges...), les uns et les autres poussés à l'inaction.

Cent jours : c'est exactement le temps de l'illusoire retour de Napoléon 1er aux affaires, du 20 mars au 22 juin 1815, de l'île d'Elbe à une seconde abdication. Ici, la sortie du tunnel est plus engageante !

Lumière mes frères ! En avançant de deux semaines la date initialement projetée, le gouvernement a autorisé la réouverture, les 22 ou 24 juin, des 2.040 salles et 5.900 écrans de l'hexagone, sous conditions (jauges à 50%, nombre de séances réduites, fluidité des files d'attente…). Distributeurs et exploitants ont dû, précipitamment, ré-accorder leurs violons, élaborer à la hâte une programmation incluant à la fois les reprises de films coupés à la mi-mars et une partie de ceux dont les sorties avaient été ajournées, sachant que nombre de blockbusters ont été décalés sur des dates, a priori, plus hospitalières.

Au siège des Grands Ecrans, Bruno Penin se réjouit du moment des retrouvailles avec les spectateurs ; s'il admet un peu d'appréhension inhérente à une situation inédite, le directeur des 31 salles limougeaudes du groupe de Michel Friedmann, se veut confiant : " Même si, durant cette longue période, pour tromper l'ennui et la routine, les gens ont cherché du film à la télé et sur les plates-formes, cela ne me paraît pas remettre en cause le cinéma au cinéma. Sans bouger de chez eux, certains auront peut-être pris des habitudes casanières, mais, je pense que, dans sa majorité, un large public est impatient de renouer avec un rituel. Il nous appartient de les convaincre de revenir... "

Rassurer et assurer

Instiller la confiance en assurant des mesures sanitaires ad-hoc pour limiter les risques de transmission du virus Covid-19, et distiller une programmation attirante sont les deux clés d'un redémarrage réussi.

Sur le premier point, édicté par la Fédération nationale des cinémas français, l'explicite guide des règles à observer est de nature à rassurer. Gel ou solution hydroalcoolique à l'entrée des salles, respect d'une distance physique d'au moins un mètre entre les spectateurs, port du masque recommandé mais possibilité de l'ôter une fois installé, files d'attente réduites, marquages au sol, désinfection, aération des locaux, occupation de chaque salle limitée à 50% de sa capacité avec une place vacante entre chaque spectateur ; les couples et les familles pourront toutefois siéger côte à côte en maintenant une place vacante de part et d'autre de leur groupe.

Ces contraintes ont, évidemment, conduit à bouleverser l'organisation des séances, réduites pour quelques semaines, et suivant l'évolution de la crise, à deux par salle et par jour, une en matinée et une en soirée de manière à éviter les flux croisés de spectateurs : retour aux deux séances de l'époque de papy. Le Lido passera son tour : la configuration de ce complexe de trois salles posait trop de problèmes.

" L'important, souligne Bruno Penin, est de rouvrir dans les meilleures conditions possibles, avec un personnel formé aux consignes. L'idée est de monter progressivement en puissance, moduler en fonction de l'évolution de la situation. On est dans l'adaptation ! Aller trop vite serait sans doute prendre trop de risques inconsidérés. La règle est la prudence, nous sommes, ne l'oublions pas, en phase de déconfinement. Personne ne doit baisser la garde. Je pense, et espère, que d'ici la mi-juillet, nous pourrons aller plus loin, afin d'assurer aux premiers blockbusters du second semestre une sortie digne de ce nom, tels ''Mulan'' de Niki Caro, et ''Tenet'' de Chris Nolan, le 22 juillet ".

A l'affiche, dans un contexte de relance, pas de déluge de nouveautés le 24 juin mais de la qualité et de la diversité avec ''L'ombre de Staline'' biopic d'Agnieszka Holland sur Gareth Jones, journaliste gallois découvrant en 1933 l'horreur en Ukraine ; ''Be natural, l'histoire cachée d'Alice Guy-Blaché'', de Pamela B. Green, sur une pionnière méconnue du 7Art ; ''Benni'' drame de l'Allemande Nora Fingscheidt, avec la jeune Helena Zengel en gamine négligée par sa mère et ingérable, et ''Filles de joie'' chronique franco-belge avec le trio Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne ; le film d'animation ''Nous les chiens'' devrait, lui, rameuter le jeune public, avec l'inévitable passage par la case pop-corn ; les adultes frémiront avec ''The Hunt'' de Craig Zobel, remake des ''Chasses du Comte Zaroff'' avec Betty Gilpin et Hilary Swank, et ''The Demon inside'' du Singapourien Pearry Reginald Teo, sur fond d'exorcisme.

Cinq salles relookées au Centre

Le plateau sera notamment complété par des reprises de films victimes du couperet du confinement : ''La bonne épouse'' avec Juliette Binoche et Yolande Moreau, ''De Gaulle'' avec Lambert Wilson et Isabelle Carré, ''Un fils'' avec Sami Bouajila, et ''La communion'' de Jan Komasa.

Soit plein de bonnes raisons de reprendre le chemin des salles, dont cinq du Grand Ecran Centre ont été relookées.

Les 5es Rencontres de Limoges ont, quant à elles, été préservées, dans un gabarit plus resserré (4 au 11 octobre) ; on parle des deux films tournés l'an passé à Limoges, ''Vaurien'' de Peter Dourountzis avec Pierre Deladonchamps et Ophélie Bau, et ''Garçon chiffon'' de l'Arédien Nicolas Maury avec Nathalie Baye et François Cluzet ; également ciblés : Xavier de Lauzanne, Danielle Arbid et Nicolas Vanier.

*Cette année, la fréquentation pourrait se situer entre 130 et 160 millions de spectateurs.

Validité des places des C.E. et des abonnements prolongée de cent jours. Du 24 juin au 7 juillet : 6€ pour tous, offre E-réservation sur le site grandecran.fr ou application mobile Grand Ecran.

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