Limoges ° C
mardi

Elections municipales à Limoges M'sieur l'maire... de 1768 à 2026 et suivant !

08h20 - 03 mars 2026 - par Info Haute-Vienne
Elections municipales à Limoges
M'sieur l'maire... de 1768 à 2026 et suivant !
Oeuvre de l'architecte Alfred Leclerc, l'Hôtel de ville de Limoges, vu de la place Haute-Vienne, a été inauguré le 14 juillet 1883

Du juriste et prévôt-consul Jacques Juge de La Borie, nommé maire de Limoges le 19 mars 1768 par le Roi Louis XV, jusqu'au psychiatre Emile Roger Lombertie dont le second mandat court jusqu'à cette mi-mars 2026, la capitale des arts du feu aura été successivement cornaquée par 45 maires et quatre présidents de l'administration municipale. Royaliste, républicain, bonapartiste, boulangiste, radical, rad' soc', socialiste, communiste, centriste. Ou indépendant. Six d'entre-eux décéderont en cours d'exercice, trois démissionneront, deux autres déclineront la responsabilité et trois seront dessaisis.

Engagements, couleurs, casquettes, postures et compétences fluctuèrent en fonction du milieu social et de l'âge de l'élu, et de l'air du temps, en particulier au fil d'une période de grande tension et d'instabilité générée par la Révolution avec les passages en accéléré de l'Ancien régime guillotiné et de la Terreur à la Première République proclamée en 1792, puis au Consulat et, en 1804 au Premier Empire de Napoléon Bonaparte. La Restauration, la Monarchie de Juillet, la IIe République, le Second Empire et la IIIe République seront chargés de convulsions et... " d'éphé-maires ". Prônant une déshonorante collaboration, le Régime de Vichy de 1940 à 1944 confisquera la liberté, reconquise par le CFLN et le GPRF, ouvrant aux IVe et Ve République.

Fluctuations tributaires des mouvements sociaux, des guerres, de la générosité des mannes publiques et privées et des ponctions fiscales, de la démographie, du contexte économique, des rivalités claniques, de l'enracinement ou du développement des idéologies, des réseaux maçonniques. Ils seront avocat, procureur, industriel, négociant, éditeur, pharmacien, chirurgien, architecte... Pertinence, sincérité, qualité d'écoute, vision, efficacité et compétence permettront d'évaluer l'action et l'héritage transmis par chacun.

Voici en raccourci leur place dans l'Histoire locale... 

Aucune femme

En préambule, on observera que le poste n'a, ici, jamais été occupé par une femme : conséquence d'une misogynie revendiquée ? D'une frilosité ? De rivalités toxiques entre postulantes potentielles ? Pas une particularité locale : après le droit de vote qui leur fut enfin accordé en 1944, et vingt-cinq ans après la promulgation de la loi tendant à favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux, le nombre de mairesses reste encore très minoritaire.

Par leur implication, leur sens du devoir et les attentions qu'ils ont pu porter à leurs administrés et au développement de leur cité, certains de ces Premiers édiles ont laissé des traces. Dans un passé récent, parmi les figures de proue, on peut convoquer Louis Casimir Ranson, Emile Labussière, François Chénieux, Georges Guingouin, et les " ternion texters " (terme ancien désignant un groupe de trois, dérivé du latin " terni"), le trio socialiste, Léonard Betoulle (diminutif Léon), Louis Longequeue et Alain Rodet, totalisant 97 ans de mandats.

Dans un décor de porcelaine où il convient d'être mesuré dans le geste et la diatribe, où était donc la droite limougeaude ? La marche était trop haute. Par exemple, qu'advint-il du fameux " serment de Solignac " paraphé par Charbonnel et Chirac le 4 décembre 1966 lors d'un repas partagé au " Saint-Eloi " par dix ambitieux animés notamment par l'idée de bouter les socialistes de la mairie de Limoges, idée qui chagrinera jusqu'en... 2014.

Jacques Juge de La Borie, le premier

Né le 16 septembre 1743 dans une vieille famille limougeaude composée de magistrats, Jacques Juge de La Borie fut avocat du Roi à 26 ans, fonction qu'il honorera pendant 47 ans ; à partir de 1732, il officiera successivement en qualité de consul puis de prévôt-consul et gouverneur de Limoges ; parmi trois candidats présentés par les notables de la ville, le 19 mars 1768, il se vit confier par le Roi Louis XV la charge de maire, créée en application de la réforme administrative des communes.

Ami de Anne-Robert Jacques Turgot, intendant de la Généralité de Limoges, Jacques Juge de La Borie assurera deux mandats - de 1768-1771, puis, reconduit par le Roi, de 1774 à 1779 -, donnant à sa ville propreté et sécurité. En fin de mandat, il succombera à une fièvre fulgurante le 8 octobre 1779 dans sa maison de la rue Gaignolle. Il avait 77 ans. Sa mort causera une vive émotion ; le 13 octobre, la Feuille hebdomadaire du Limousin tressera un bouquet de louanges à un jurisconsulte apprécié par Montesquieu et par les intendants Turgot puis Louis-Urbain Aubert de Tourny : " Un homme bienfaisant, passionné pour le bien public, inaccessible aux suggestions de l'intérêt, qui avait toutes les qualités du cœur et de l'esprit ". Il sera inhumé au cimetière des Arènes après des obsèques célébrées en grande pompe.

Instabilité chronique de 1789 à 1800

Du magistrat Joseph Grégoire de Roulhac, seigneur de Thias, lieutenant général au Présidial de Limoges, député du tiers-Etat (1779-1780), à Léonard Ruhade (1795-1799), puis à Joseph Ardent Masjambost (1799-1801), les successeurs de Jacques Juge de La Borie n'auront, pour certains, guère le loisir d'exprimer leurs talents de gestionnaire et animateur, leur mandat s'avérant de courte durée.

Ce fut le cas du banquier Jean-Baptiste Pétiniaud de Beaupeyrat (1789-1790) et des porcelainiers François Pouyat (1794-1795) et François Alluaud, lequel, après une courte apparition en 1792, reprendra les rênes de 1830 à 1833 pendant la Révolution de Juillet ; archéologue et géologue distingué, découvreur du site de l'impact de l'astéroïde qui frappa le secteur Rochechouart-Chassenon, neveu du Limougeaud et député girondin Pierre Victurnien Vergniaud, il démissionnera pour se consacrer pleinement à la porcelaine.

Pierre Petit (1801-1804), Joseph-François Noualhier - dix ans de mandat, un record pour l'époque (1804-1814) -, le comte Louis de Villelume (1814-1815) et Athanase Martin de La Bastide (1816-1821) auquel succédera Pierre Hippolyte Martin de La Bastide (1821-1830) encadreront le passage éclair de Pierre-Alpinien Bourdeau en 1815, ultra royaliste, bref ministre de la Justice en 1829 et pair de France.

Adrien Dubouché trop pris

Le mandat du républicain et avocat Théodore Bac se concentrera sur quelques mois, d'avril à novembre 1848. Après le court intérim de Gustave Lasserre (1848), l'éditeur, auteur et relieur Louis Ardant prendra le relais en deux temps (1849-1853 puis 1860-1862). Dans l'intervalle, se glissera Armand Noualhier, descendant d'une famille d'émailleurs, directeur d'une fabrique de porcelaine et d'exploitations de kaolin.

Membre du groupe bonapartiste Appel au Peuple, Othon Péconnet conduira l'action municipale de 1862 à 1867 ; il sera préfet et député de la Charente. Son successeur, Charles Joseph Le Sage démissionnera à la proclamation de la République le 4 septembre 1870.

La même année, contraint de reprendre la direction de ses affaires, démission également d'Adrien Dubouché, négociant dans les spiritueux, promoteur des arts décoratifs, à l'origine du musée de la porcelaine portant son nom. Un autre négociant, mais celui-ci en draps, le républicain radical Louis Casimir Ranson entra brièvement en scène, remplacé par l'avocat Jules Delignat-Lavaud, nommé le 17 mai 1871 par décret du chef du pouvoir exécutif Adolphe Thiers ; il sera bâtonnier de l'Ordre des avocats à trois reprises. Un autre avocat, membre des républicains opportunistes, René Pénicaud prend le relais de 1876 à 1881 ; il sera député puis sénateur.

De 1881 à 1885, retour de Louis Casimir Ranson, élu député de la Haute-Vienne (1885 à 1889) qui s'opposera aux restrictions des libertés de la presse ; sous son mandat, sera érigée la nouvelle maison communale, œuvre de l'architecte Alfred Leclerc, inaugurée le 14 juillet 1883.

Pharmacien et républicain, Adrien Tarrade, élu en 1885, sera révoqué de ses fonctions de maire le 8 novembre 1887 à la suite d'un violent conflit avec le préfet de la Haute-Vienne ; après une courte parenthèse assurée par son premier adjoint Louis Joly, architecte et professeur à l'Ecole nationale des arts décos de Limoges, Tarrade sera réélu le 13 mai 1888 mais décédera au cours de son mandat, le 28 avril 1889.

Labussière et Chénieux : chassé-croisé

Radical socialiste natif de Bénévent-l'Abbaye, maçon de la Creuse, Emile Labussière marquera son temps : élu une première fois le 3 juin 1889, il cédera, trois ans plus tard, le fauteuil à François Chénieux, républicain progressiste, humaniste, chirurgien et grand marcheur, fondateur de la première clinique chirurgicale privée du Limousin en 1888 et directeur de l'Ecole de médecine de Limoges pendant douze ans.

En 1895, retour d'Emile Labussière, cette fois pour un exercice qui s'étalera jusqu'à 1906 ; l'alternance ramènera François Chénieux à la tête de la ville jusqu'en 1910, date à laquelle Emile Dantony se ceindra de l'écharpe tricolore pendant deux ans seulement, suppléé en 1912 par le socialiste SFIO Léon Betoulle. Né dans le quartier du Sablard, élevé par une mère couturière, il sera employé de bureau à la manufacture de porcelaine Théodore Haviland, co-fondera Le Populaire du Centre en octobre 1905, sera élu à cinq reprises (1912, 1919, 1925, 1929 et 1935) avant d'être destitué en novembre 1941 et exclu de la SFIO pour avoir voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Il n'avait pas dit son dernier mot…

Guerre et guéguerre

Nommé par le régime de Vichy, l'ingénieur métallurgiste et industriel André Faure sera maire de février 1940 à 1944, un élu sans grand relief qui accueillera Pétain et Darlan le 19 juin 1941 applaudis par la foule, cette même foule qui, quatre ans plus tard, le 4 mars 1945, acclamera De Gaulle ; André Faure sera le premier et dernier maire de droite avant Emile Roger Lombertie, élu soixante-dix ans plus tard, en 2014.

La Libération installera de septembre 1944 à mai 1945 le communiste, médecin et résistant Henri Chadourne, suivi par le héros de la Résistance Georges Guingouin, dissident du PCF, condamné par contumace le 26 janvier 1942 aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de la 20e division militaire ; de caches en caches, il demeurera insaisissable et libérera Limoges.

A une époque de calomnies et règlements de comptes, Guingouin tiendra la barre deux ans, de 1945 à 1947, avant de s'effacer... au profit d'un revenant : Léon Betoulle, étiqueté Parti socialiste démocratique, qui ajoutera neuf nouvelles années à son C.V., totalisant un règne de près de quarante ans.

Décédé à l'âge de 85 ans, le 30 novembre 1956, des suites d'une longue maladie tenue secrète jusqu'à sa disparition, il aura droit à des obsèques dignes d'un chef de l'Etat. Il apporta de profondes modifications au visage de la ville, à l'initiative en 1935 du réseau de trolleybus, projet calqué sur celui de Liège.

Betoulle, puis Longequeue

Natif de Saint-Léonard-de-Noblat, fils d'instituteurs, le pharmacien Louis Longequeue, sous  pavillon SFIO, futur PS, titillera le record de son prédécesseur avec 33 ans, 8 mois et un jour de règne. Sur l'élan modernisateur impulsé, Limoges vivra la vie en rose gagnant en 1968 un statut d'université, en 1976 un Centre hospitalier régional universitaire et ses quatre hôpitaux, le Grand Théâtre, une Bibliothèque francophone multimédia, un maillage de centres socio-culturels, l'esquisse de la technopole Ester, un Palais des Sports et un Palais des expositions, le développement de l'aéroport transféré de Feytiat à Bellegarde... On lui reprochera d'avoir négligé de valoriser des vestiges patrimoniaux. Le 11 août 1990, il rendra l'âme. L'économiste Alain Rodet, originaire de Dieulefit dans la Drôme, sera adoubé par la cour du défunt mentor.

2014 : sortant sorti

Elu en 1990, réélu en 1995, 2001 et 2008, Rodet assurera la continuité : on lui doit le pont Guingouin, le développement de zones industrielles et commerciales, la rénovation du musée des Beaux-Arts, et, métropole aidant, le Zénith, ouvert en mars 2007 par Polnareff...

Il commettra le pêché de gourmandise en prétendant à un cinquième mandat en 2014 : tiré de l'anonymat et boosté par Guillaume Guérin, 27 ans, le psychiatre et sympathisant UMP Emile Roger Lombertie, futur LR, tel un torero chevronné, portera l'estocade puis le " descabello " au leader socialiste sur un mince mais décisif écart de 587 voix. Un siècle de rayonnement socialiste s'achevait, juste éclipsé par une " pause " générée par l'Occupation (1941 à 1947).

Né à Champsac, fils de paysans partagés entre un métayer communiste et un propriétaire agricole gaulliste, Emile Roger Lombertie se reprendra au jeu en 2020, activant un second mandat avec près de 60% des suffrages face à un nouveau venu, Thierry Miguel, socialiste libéré de ses fonctions policières (41%) : pour cause de Covid-19 et de confinement, le second tour fut renvoyé de mars à juin.

15 et 22 mars 2026 : faites vos jeux !

Devenus rivaux, Lombertie et Guérin ont été tentés de se défier à l'aune de mars 2026. Guillaume Guérin a pris de l'étoffe à la tête de Limoges Métropole et au sein du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. L'élève et premier adjoint boutera-t-il le maître ? Sans doute s'inspirera-t-il du... Guillaume Guérin (1491-1515), glorieux homonyme qui, d'enfant de choeur se traça un flatteur chemin dans l'ordre de Saint-Benoît, ès-qualité de chapelain du Bec, dans l'Eure.

Chris DUSSUCHAUD

Illustrations : Photothèque Paul COLMAR (sauf mention contraire)

En lice le 15 mars 2026:
Julie Benzonie (Rêvons Limoges),
Elisabeth Faucon (Lutte Ouvrière),
Marie de Ferluc (Un nouveau printemps pour Limoges),
Albin Freychet (Rassemblement National),
Guillaume Guérin (Limoges en partage),
Vincent Léonie (Réunir),
Emile Roger Lombertie (Soyons fiers de Limoges),
Damien Maudet (Limoges Front Populaire),
Thierry Miguel (Pour Limoges).

0 commentaires
Envoyer un commentaire