Limoges 15° C
mercredi 22 mars

Trois « drôles » de dames

10h50 - 06 mars 2023
Trois « drôles » de dames
La commissaire Alexia Dudognon est directrice adjointe de la police judiciaire de Limoges

Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes. L'occasion de donner la parole à trois d'entre elles, exerçant des fonctions dans des métiers ou des milieux historiquement genrés masculins.

Les actions lors de la Journée internationale des droits des femmes sont diverses : rencontres organisées par la Préfecture pour mettre à l'honneur des femmes dirigeantes d'entreprises et des femmes habitant les quartiers prioritaires à Limoges ; mise en avant de huit œuvres du musée des Beaux-Arts réalisées par des femmes artistes, photographiées par Laurent Lagarde, exposées dans le hall de l'Hôtel de ville ; visites, à l'initiative de la Capeb Haute-Vienne, de Nélias à Eyjeaux, entreprise familiale dirigée par des femmes, et de la marbrerie Bonnichon à Linards qui emploie plusieurs ouvrières ; portraits de chercheures à l'université de Limoges…

PATRICIA RÉMÉNIÉRAS

À la Capeb Haute-Vienne, il a fallu s'habituer, mais le changement a été rapide, à dire « madame la présidente ». Pour la première fois de son histoire, le syndicat a une femme à sa tête, à la suite de l'élection de Patricia Réméniéras en juillet dernier. La co-gérante de l'entreprise de maçonnerie éponyme avec Eric, son époux, s'occupe plutôt de l'administratif, de la comptabilité mais n'hésite pas à aller sur les chantiers et à parler technique/matériaux… « Tout est une question de tempérament, dans mon entreprise comme à la Capeb, où je ne suis entourée quasiment que d'hommes : on pourrait presque observer plus de respect et moins de rivalité. Je n'ai rencontré aucun souci d'intégration avec mes homologues masculins. La seule différence serait peut-être ma capacité d'écoute et la leur à m'écouter ! », suppose-t-elle. Au sein du syndicat haut-viennois, la quinquagénaire aimerait davantage de femmes dans chaque section professionnelle « mais pour l'instant, elles ont dû mal à trouver leur place, alors qu'il n'y a pas de place à trouver car elles sont légitimes. D'ailleurs, aujourd'hui, elles sont nombreuses dans les métiers du bâtiment - même en maçonnerie - qui s'adaptent ».

N'ayant jamais eu à subir de réflexions désobligeantes mais plutôt de petites taquineries ou plaisanteries, elle analyse : « Nous nous sommes battues pour l'égalité de droit. Nous n'étions plus dans l'acceptation. Nous avons voulu exister. On a ouvert la porte et nous avons poussé nos enfants à faire ce qu'ils voulaient librement ».

Et de rajouter, à juste titre : « En tant que femme, nous avons tendance à vouloir ''prouver''. Les femmes veulent toujours en faire plus… Quelques idées genrées demeurent encore ancrées mais on va définitivement débloquer certaines mentalités avec la nouvelle génération ».

VÉRONIQUE GABELLE

Véronique Gabelle, directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne depuis 2020, estime avoir eu la chance de progresser au sein de son administration à une époque où le regard sur les femmes dirigeantes a sensiblement évolué.

Après des études de droit, elle est entrée dans la fonction publique en 1981. « Je n'ai passé qu'un seul concours, celui d'inspecteur des impôts. Je suis devenue inspecteur principal, puis administratrice des finances publiques adjointe, avant d'être promue administratrice générale des finances publiques ».

Si elle juge que lors de ce premier concours, il y avait quasiment autant d'hommes que de femmes, elle avoue volontiers qu'à son grade actuel, la proportion a chuté à seulement 30 %. « La progression se fait par étapes, avec des épreuves écrites et orales à préparer. Il n'est pas toujours facile pour une femme de concilier ce travail de préparation avec le reste des tâches quotidiennes de la famille. Il y avait également un autre écueil, qui a été corrigé depuis : ces étapes étaient programmées sur des périodes courtes et dans une temporalité réduite. Pour se donner un maximum de chances de réussite, il valait mieux se présenter au premier créneau plutôt qu'au dernier, car en cas d'échec, on pouvait se présenter au suivant », explique-t-elle.

L'autre frein à la montée en grade des femmes est incontestablement la mobilité liée à cette progression. Une mobilité géographique qu'il faut pouvoir accepter. « Personnellement, j'ai eu la chance de débuter ma carrière dans l'administration centrale, à Paris. Puis j'ai été nommée dans des directions en région parisienne, ce qui était beaucoup plus simple pour mes enfants, qui n'ont pas été ballottés d'un bout à l'autre du pays. Quand j'ai été nommée directrice divisionnaire, j'ai été affectée en Indre-et-Loire. Mes enfants m'ont suivie, mais pas mon mari, qui était en poste dans un autre département. En fait, je suis célibataire géographique depuis 2007. La décision de passer des sélections a donc été un choix familial assumé », précise Véronique Gabelle, qui reconnaît avoir progressé naturellement. « Je ne me suis jamais fixé d'objectifs de carrière, j'ai pris les étapes une par une, dès que je sentais que mes supérieurs me faisaient confiance ».

Elle n'a jamais ressenti de stigmatisation due à sa féminité, d'autant que la fonction publique s'est fortement féminisée. « Lorsque j'ai été nommée numéro un, je n'ai pas eu d'appréhension liée au fait d'être une femme, mais plutôt à celui d'être à la hauteur de la mission qui m'était confiée ».

ALEXIA DUDOGNON

Quand on dit que l'âge ne fait rien à l'affaire… Alexia Dudognon du haut de ses 33 ans en est un excellent exemple. À la suite d'un Master 2 en droit pénal et sciences criminelles obtenu en 2012 à Nice, elle tente le concours de commissaire de police en 2013. Après un échec, elle le réussit l'année suivante et intègre l'ENSP, l'École nationale supérieure de la police. « À la fin du lycée, lorsqu'il a fallu se prononcer pour une orientation, ce choix m'est apparu comme une évidence : les investigations, la recherche des auteurs d'infractions… En fait, je voulais arrêter des voleurs ! Je ne me suis pas posé la question du fait que je sois une femme. Et ma famille m'a laissée libre de mes décisions », raconte-t-elle. En 2016, classée dans le 1er tiers de sa promotion (10 élèves femmes sur 48), elle retient Limoges (ses grands-parents habitant Aixe-sur-Vienne) pour sa première affectation en tant que chef de la sûreté départementale. L'équipe de la DDSP est alors composée d'une cinquantaine de personnes dont une majorité d'hommes qui « sont habitués à avoir des ''sorties d'école'' et mon prédécesseur était déjà une femme, détaille Alexia Dudognon. Malgré le caractère ''particulier'' du Limougeaud, j'ai été bien accueillie. Je n'ai jamais senti de différences de traitement. Quel que soit le genre, on est policier avant tout. L'essentiel, c'est la compétence, le travail fourni, l'investissement, la participation… Le partage du quotidien facilite les choses. Il ne faut pas être juste un chef au-dessus de la mêlée qui regarde les autres membres de l'équipe. C'est une très belle expérience et je n'en garde que de bons souvenirs ».

En 2019, elle monte un étage pour s'asseoir dans le fauteuil de directrice adjointe de la police judiciaire de Limoges, car « je voulais travailler sur des dossiers plus techniques, plus complexes, plus sensibles ». Sur 85 agents dont 70 à Limoges, les enquêtrices actives se comptent sur les doigts d'une main : 5 pour la cité porcelainière ! « Ce peut être gênant lors d'interpellations ou de perquisitions dans lesquelles des femmes sont mises en cause », note la commissaire.

N'ayant jamais éprouvé de sentiment de méfiance, de défiance, aucune remise en cause de sa légitimité, Alexia Dudognon est épanouie dans cette voie anciennement qualifiée « masculine » et ne manque pas de projets d'évolution de carrière… toujours dans la police évidemment !

0 commentaires
Envoyer un commentaire