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Je veux être utile, à vivre et à rêver...

08h00 - 30 juin 2020
Je veux être utile, à vivre et à rêver...
Agriculteurs originaires de Normandie, Gaëlle et Jean-Baptiste sont témoins et acteurs du retour au local - ©

Le réalisateur Nicolas Fay, Dorachon d'adoption, a profité du confinement pour réaliser une série de portraits, mêlant sincérité et simplicité, qui cartonne sur le web. Un vrai succès.

«Être utile, à vivre et à rêver ». Jamais les paroles d'une chanson, en l'occurrence de Julien Clerc, n'auront autant correspondu à un homme, à un projet, à une aventure.

NICOLAS FAY

L'homme, c'est Nicolas Fay. Son nom ne parle pas à tout un chacun. Pourtant, le réalisateur n'est pas un jeune premier. Il a débuté sa carrière comme monteur pour le cinéma, les clips vidéo et la publicité pour des marques nationales et internationales ainsi que pour la grande distribution, ce qui déjà lui avait mis la puce à l'oreille quant à ce monde-mode incitant à la surconsommation.

Nicolas a totalement découvert l'art du cinéma à travers le montage et a appris auprès des plus grands réalisateurs. Il passe réalisateur deuxième équipe, directeur des effets spéciaux et post-producteur. En 2000, il réalise son premier film de publicité pour Playsation. En 2014, ce gamin « réalise » son rêve de travailler pour les studios Pixar, Disney et un certain Luc Besson. En 2016, il se lance en collaboration avec son épouse Blanche Pinon dans un court-métrage « Et pourquoi pas ? », qui recevra un bel accueil. Puis, il part à Dubaï pour un projet sur l'exposition universelle 2020, qui a été repoussée à cause du Covid-19.

« Avant le confinement, je m'apprêtais à réaliser ma première série télé, mais tout a été annulé. Je me suis dit que j'allais rentrer chez moi. Mais quel chez moi ? Aussi, j'ai eu un réflexe de quasi-survie puisque j'avais tout perdu financièrement : je suis venu au Dorat qui est pour moi ma ''résidence de travail'' et qui est une maison familiale de Blanche depuis plusieurs générations. Je n'ai donc pas fui Paris pour me mettre au vert », lance-t-il.

SOLIDAIRE

Arrivé dans la petite cité de caractère dorachonne, il commence une autre vie. Avec le traiteur Emmanuel Ardillon, il apporte à domicile des repas solidaires. « Je me suis aperçu que les gens n'avaient pas besoin de caméras sophistiquées, de lumière et de maquillage. Ils brillent par eux-mêmes. Avec mon smartphone, j'ai fait un premier film d'une livraison, qui a été vu par 8 000 personnes alors que le Dorat compte 1 700 habitants et peut-être 400 d'entre eux ont une connexion internet. L'idée des portraits dans un format court avec une réalisation immersive est née ainsi. J'ai voulu recueillir le témoignage de professionnels et de bénévoles qui se battent afin que la vie continue, ainsi que leurs promesses pour le monde d'après, raconte Nicolas. ''Le Dorat Solidaire'' m'a permis de créer mon propre tissu social et de nourrir des liens avec des rapports humains en circuit court. Je voulais quelque chose de réaliste et pas d'un je-ne-sais-quoi de bobo parisien à la peau blanche, arachnophobe, qui faisait attention à son look par peur du regard des autres ».

CONTACTS

Au 6épisode, Nicolas Fay reçoit un coup de fil quelque peu inattendu de TF1, intéressée par sa web série qu'il diffuse sur sa chaîne YouTube : « Mais ils voulaient ''éditorialiser'', c'est-à-dire remonter avec des commentaires, reformuler à la sauce bouseux... J'ai refusé alors que j'avais besoin d'argent. J'ai préféré garder ma liberté ».

Au fil des rencontres, il perçoit que cette solidarité va plus loin et s'inscrit presque dans un ADN régional. Le Limousin est une terre de résistance(s). La série est renommée « Le Dorat Solidaire, Les Résistants ».

Le 15portrait (chacun étant visionné par 6 000 à 7 000 internautes) marque une étape. Olivier Drouot, ancien journaliste de TéléParis, et Sébastien Folin, ancien animateur de France Télévisions ou encore monsieur météo de TF1, qui ont co-fondé La Belle Télé l'approchent afin de constituer un dossier pour présenter la série à plusieurs groupes télé. La même semaine, Édouard Bergeon, le réalisateur du film « Au nom de la Terre » a repéré son travail qu'il souhaite mettre en ligne sur cultivonsnous.tv, une chaîne web parrainée par son complice Guillaume Canet. Celui-ci mettant sa notoriété au service de ce retour à l'authenticité, à des modes de production plus respectueux de l'homme, de la nature. Nicolas accepte de donner ses programmes partageant les convictions et la vision de la ruralité de deux hommes. Un geste désintéressé et gratuit alors même qu'il n'a plus de revenus depuis soixante jours.
Car un mot va déclencher chez lui une prise de conscience.

UTILE

Lors des tournages, plusieurs personnes vont lui confier : « Tu es utile, utile à la société, utile pour faire passer un message ». Au-delà de ça, une introspection prend forme : « Peut-être que j'ai essayé de me racheter car j'ai joué avec la grande distribution. J'ai fabriqué du vrai avec du faux. J'ai travaillé avec des gens qui ne peuvent plus m'endormir car je connais les ficelles, et qui vont à l'encontre de ceux que je filme. Un vrai agriculteur, un vrai paysan, un vrai commerçant... ».

Une lucidité qui va l'amener à une amère constatation : « Les promesses des politiques ne seront pas tenues. Le retour à l'essentiel n'existera pas. Il y aura des fermetures d'entreprises et des licenciements. Et je ne parviendrais pas à changer le monde. Ce programme doit planter des graines comme dans «L'homme qui plantait des arbres» de Jean Giono.

PROJETS

Normalement, d'ici à la fin août, 30 épisodes seront tournés, ce qui achèvera ce projet. Une réunion-repas réunira tous ceux qui ont partagé cette série lors d'une scène finale avec la lecture d'un poème sur l'espoir, ou l'histoire d'un virus qui a sauvé un village.

Avec l'aide du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée), Nicolas espère à la rentrée pouvoir décliner les portraits dans un format à l'échelle nationale.

Après le tournage d'une série en octobre à Paris, il reviendra en décembre dans la petite commune du nord de la Haute-Vienne « pour voir l'hiver et ne pas laisser tomber ma région d'adoption ». Il voudrait lancer une maison de production au Dorat, qui s'appellera « Court Circuit », avec un compte dans une banque du bourg... pour s'implanter professionnellement sur le territoire.

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